Catalogne: L'arrestation de Puigdemont sonne-t-elle la fin du rêve d'indépendance?

ESPAGNE Les partisans de l’indépendance catalane font face à un pouvoir central inflexible…

Nicolas Raffin

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Manifestation à Barcelone pour protester contre l'arrestation de Puigdemont le 25 mars 2018.
Manifestation à Barcelone pour protester contre l'arrestation de Puigdemont le 25 mars 2018. — Paco Freire / SOPA Images/SIPA
  • La Catalogne est toujours sans exécutif régional, trois mois après les dernières élections.
  • De nombreux leaders indépendantistes sont incarcérés ou poursuivis par la justice espagnole.
  • Le dialogue entre Madrid et les indépendantistes est au point mort.

La photographie ne date que de cinq mois, et pourtant elle semble appartenir à un passé très lointain. C’était le 27 octobre 2017, et le parlement de Catalogne venait d’adopter une motion proclamant la création d'une « République indépendante ». A la tribune, Carles Puigdemont, président de la Catalogne, chantait l’hymne « régional » en compagnie du vice-président Oriol Junqueras et de la présidente du parlement Carme Forcadell.

Oriol Junqueras (gauche), Carles Puigdemont (centre) et Carme Forcadell (droite) chantent l'hymne catalan le 27 octobre 2017.
Oriol Junqueras (gauche), Carles Puigdemont (centre) et Carme Forcadell (droite) chantent l'hymne catalan le 27 octobre 2017. - Manu Fernandez/AP/SIPA

Cinq mois plus tard, la fête est finie. Oriol Junqueras et Carme Forcadell sont en prison, inculpés pour « rébellion » par la justice espagnole, tout comme dix autres ex-dirigeants de la Catalogne. Carles Puigdemont, quant à lui, a été arrêté dimanche par la police allemande, après un exil de plusieurs mois en Belgique. Il pourrait être extradé d’ici deux mois en Espagne.

Compte à rebours

L’impasse politique semble totale, puisque ce week-end, le nouveau candidat à la présidence de la « Generalitat » (l’exécutif catalan), Jordi Turull, a lui aussi été incarcéré. « L’objectif de Madrid [du pouvoir central], c’est d’empêcher toute nomination d’un indépendantiste poursuivi par la justice, analyse Anthony Sfez, doctorant en droit public et spécialiste du conflit hispano-catalan. Il y a une volonté claire d’écarter toutes les personnes liées au processus d’indépendance. »

Le temps presse : en attendant une hypothétique désignation, la Catalogne est toujours sous la tutelle de Madrid. Et si aucun président de la Generalitat n’est élu d’ici le 22 mai, il y aura automatiquement de nouvelles élections. « S’il y devait y avoir un nouveau vote, la campagne serait très rude », pronostique Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Iris sur les questions ibériques.

Un dialogue encore possible ?

Si les indépendantistes l’emportaient une nouvelle fois - comme en décembre dernier -, le conflit pourrait-il se durcir encore ? Les experts interrogés rappellent que les partisans de l’indépendance ont toujours rejeté le recours à une forme d’insurrection ou de lutte armée pour parvenir à leurs fins. Reste donc la voie, très ténue, du dialogue avec le pouvoir central.

>> Lire aussi: Des électeurs toujours aussi déboussolés après la victoire des indépendantistes

« Tant que le conflit sera uniquement abordé du point de vue judiciaire par l’État espagnol, la situation ne bougera pas, estime Anthony Sfez. Si Madrid et les indépendantistes discutaient, on pourrait imaginer des solutions, comme un référendum visant à accorder plus d’autonomie. »

« Ils sont tombés sur un mur »

Pour Jean-Jacques Kourliandsky, une porte de sortie est possible. « Les arrestations des dirigeants catalans vont automatiquement conduire à l’apparition de nouveaux responsables politiques, dont certains pourraient chercher à obtenir des avancées au coup par coup, sans indépendance immédiate. » Mais les séparatistes sont loin d’être unis : entre la CUP, anticapitaliste et partisane d’une rupture totale, et la Gauche républicaine (ERC), plus modérée, l’entente n’est pas parfaite.

« Les indépendantistes se sont dit qu’en mettant la pression sur le gouvernement central, l’Espagne finirait par céder quelque chose, même une renégociation du Statut [d’autonomie], explique Anthony Sfez. Ce qu’ils constatent aujourd’hui, c’est qu’ils sont tombés sur un mur. »