«Culottes de peau» et nazisme... Le ministère de la Patrie suscite la polémique en Allemagne

IDENTITE C’est le président d’un parti très conservateur qui a proposé la création de cette nouvelle entité au sein du ministère de l’Intérieur…

20 Minutes avec AFP

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Des participants à la fête de la bière en costume traditionnel, le 3 octobre 2016.
Des participants à la fête de la bière en costume traditionnel, le 3 octobre 2016. — CHRISTOF STACHE / AFP

C’est une curiosité du gouvernement de coalition entre sociaux-démocrates et conservateurs qui débute officiellement mercredi : un super-ministère de l’Intérieur et de la « Patrie ». Baptisé « Heimat » [concept difficilement traduisible situé entre patrie et terroir qui a été détourné sous le nazisme], ce ministère suscite la polémique en Allemagne.

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A sa tête, on trouve Horst Seehofer, président de la très conservatrice Union chrétienne-sociale (CSU), alliée aux démocrates-chrétiens d’Angela Merkel. L’initiative a été prise par ce petit parti bavarois, menacé sur ses terres par la poussée de l’extrême droite de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) alors que s’y profilent des élections régionales en octobre.

Faire face au vieillissement de la population

Il s’agit selon Host Seehofer d’aider au développement des communes appauvries souffrant d’un vieillissement de leur population. Des zones situées particulièrement dans l’ancienne RDA communiste, où l’AfD a réalisé ses meilleurs scores aux élections. Le concept ne renvoie « pas seulement aux robes Dirndl et aux Lederhosen » (culottes de peau), ces tenues traditionnelles bavaroises ou autrichiennes, se défend Horst Seehofer.

La démarche s’inscrit en effet dans la « révolution conservatrice » réclamée par la CSU. Famille, « racines chrétiennes », et patrie comme « stabilité culturelle » en sont les maîtres-mots, dit l’un de ses fers de lance, Alexander Dobrindt.

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Des aspirations partagées par beaucoup aussi dans le parti de centre-droit d’Angela Merkel, la CDU. La ligne centriste de la chancelière, au pouvoir depuis douze ans, et sa politique migratoire longtemps généreuse, sont jugées responsables de la percée de l’extrême droite par l’aile dure de son mouvement.

Instrumentalisé par les Nazis

Sur le reste de l’échiquier politique, l’initiative suscite la polémique. « On est en droit de supposer qu’il s’agit d’une tentative de s’adresser aux électeurs de droite dure », estime Sophie Schönberger, professeur de droit à l’université de Constance. « Ce n’est qu’une concession à l’AfD ! », critique le coprésident des écologistes Robert Habeck. Il est « absurde » de penser qu’on puisse ainsi atténuer les craintes des électeurs de ce parti, argumente-t-il. L’inquiétude pointe aussi dans la plus grande communauté immigrée du pays, les Turcs.

« Nous redoutons qu’il encourage la division et l’exclusion, plutôt que la cohésion et le sentiment d’appartenance », estime le président de la Communauté turque Gökay Sofuoglu, rappelant que le mot fut instrumentalisé par les Nazis dans leur doctrine raciale « du sol et du sang ».