La guerre commerciale est déclarée, Trump taxe les importations d'aluminium et d'acier

ECONOMIE Le Mexique et le Canada sont pour l'instant exemptés, et le président américain invite les autres nations à négocier...

Philippe Berry

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Donald Trump a signé un décret imposant des taxes sur les importations d'acier et d'aluminium le 8 mars 2018.
Donald Trump a signé un décret imposant des taxes sur les importations d'acier et d'aluminium le 8 mars 2018. — Susan Walsh/AP/SIPA

America First. Contre la recommandation de son chef économique démissionnaire, contre l’avis des républicains du Congrès et malgré les avertissements des alliés des Etats-Unis, Donald Trump a signé des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium, jeudi. Alors que de nombreux économistes craignent une guerre commerciale, le président américain a justifié son choix lors d’une conférence télévisée, affirmant qu’il s’agissait « d’une question de sécurité nationale ».

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Dans le détail, les importations d’acier seront taxées à 25 % et celles d’aluminium à 10 %. Le Canada et le Mexique en sont pour l’instant exemptés, le temps que le traité Aléna soit renégocié. Donald Trump a également invité les autres pays à négocier des accords bilatéraux, plaidant pour un système de taxes « réciproques ».

« Sans acier, on n’a pas de pays »

Entouré d’ouvriers métallurgistes, Donald Trump a expliqué qu’il ne faisait que « tenir [sa] promesse » de campagne. Selon lui, « des années de dumping ont décimé les producteurs américains, et sans acier, on n’a pas de pays ». Si la situation actuelle se prolongeait, les Etats-Unis pourraient « ne plus pouvoir produire assez d’acier pour répondre aux besoins de la défense en cas d’urgence nationale », a martelé le président américain.

Dans la foulée, le patron républicain de la Chambre, Paul Ryan, a exprimé son « désaccord », craignant « les conséquences inattendues ». Un sénateur républicain, Jeff Flake, a immédiatement annoncé le dépôt prochain d’une proposition de loi visant à annuler ces taxes. "Les guerres commerciales ne sont jamais gagnées, elles sont toujours perdues", a-t-il prévenu. Selon le groupe non partisan The Trade Partnership, 30.000 postes dans la production de métaux pourraient être créés mais 180.000 postes risqueraient d’être détruits dans de nombreuses industries, notamment dans l’automobile et le bâtiment. Avec une hausse du prix des matières premières, ces taxes pourraient également créer de l’inflation.

Riposte attendue

Cette annonce devrait provoquer une vive réaction de l’Union européenne qui martèle depuis plusieurs jours qu’une guerre de tranchées serait nuisible à tous et a dit préparer des mesures de rétorsion. Les Européens exportent environ 5 milliards d’euros d’acier et 1 milliard d’euros d’aluminium chaque année vers les Etats-Unis.

Bien avant la promulgation de ces taxes, l’UE avait préparé une riposte. La commissaire au Commerce extérieur Cecilia Malmström a ainsi détaillé une liste de produits américains qui pourraient être taxés, dont le fameux beurre de cacahuète et le bourbon, pour compenser en valeur le dommage causé à l’industrie européenne.