Rapprochement coréen: Les Etats-Unis entre optimisme, méfiance et une impression de déjà-vu

ETATS-UNIS De son côté, le président sud-coréen Moon Jae-in a estimé qu’il était « trop tôt pour être optimiste » quant à l’offre de la Corée du Nord de discuter avec les Etats-Unis de sa dénucléarisation……

M.C.

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La télévision sud-coréenne montre un montage de photos du président Moon Jae-in et de son homologue américain Donald Trump, le 2 mars 2018.
La télévision sud-coréenne montre un montage de photos du président Moon Jae-in et de son homologue américain Donald Trump, le 2 mars 2018. — Ahn Young-joon/AP/SIPA

L’amorce de réchauffement entre Corée du Nord et Corée du Sud et les gestes d’ouverture à des négociations de Pyongyang posent un problème de taille à la Maison Blanche : comment réagir face à ce rapprochement entre vieux voisins ennemis, tout en évitant d’adopter les positions que Donald Trump reproche à ses prédécesseurs ?

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Mardi, le président américain a salué les signes d’ouverture de la Corée du Nord sur un éventuel dialogue avec les Etats-Unis tout en appelant à la prudence dans l’attente d’avancées concrètes. On vous résume la situation.

Où en est le rapprochement entre Pyongyang et Séoul ?

Après plus de quatre heures de discussions lundi entre Kim Jong-un et les émissaires sud-coréens, les dirigeants des deux Corée doivent se retrouver fin avril pour un sommet historique dans la Zone démilitarisée (DMZ), selon Séoul. Si cette annonce est confirmée par le Nord, il s’agira du troisième sommet entre les deux pays. Les deux précédents avaient eu lieu en 2000 et 2007.

Quels sont les signes d’ouverture montrés par la Corée du Nord ?

Selon Séoul, Kim Jong-un est prêt à un « dialogue franc » avec les Etats-Unis sur la question longtemps absolument taboue de la dénucléarisation. Le dirigeant serait prêt à bouger sur ce dossier sensible « si les menaces militaires contre le Nord disparaissent et si la sécurité de son régime est garantie ».

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Cette formulation laisse cependant en suspend de nombreuses questions : depuis la fin de la guerre de Corée en 1953, la Corée du Nord s’est toujours estimée menacée d’invasion militaire américaine, ce qui justifie à ses yeux l’existence de son programme nucléaire.

Toutefois, le président sud-coréen Moon Jae-in a estimé mercredi qu’il était « trop tôt pour être optimiste » quant à l’offre de la Corée du Nord de discuter avec les Etats-Unis de sa dénucléarisation.

« Nous ne sommes que sur la ligne de départ », a déclaré Moon Jae-in à des responsables politiques.

Comment a réagi Donald Trump ?

« Pour la première fois depuis des années, un effort sérieux est fait par toutes les parties concernées. Le monde regarde et attend ! », a lancé Donald Trump mardi dans un tweet matinal, avant que son vice-président Mike Pence, sur une tonalité plus prudente, ne réclame des avancées « crédibles, vérifiables et concrètes » sur la dénucléarisation.

Interrogé sur le rebondissement, Donald Trump a aussi jugé que les déclarations venues du Sud comme du Nord étaient « très positives ». « Ce serait bien pour le monde, bien pour la Corée du Nord, bien pour la péninsule, mais nous verrons ce qui va se passer », a-t-il ajouté, jugeant « sincère » l’offre de dialogue formulée par Pyongyang. A quoi faut-il attribuer cette évolution ? « A moi ! », a-t-il répondu en conférence de presse dans un sourire.

Quelle est la marge de manœuvre du président américain ?

Donald Trump est dans une situation relativement inconfortable car il se retrouve face au dossier coréen dans la même position que ses prédécesseurs Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama, dont il critique régulièrement les politiques passées. Si à la table des négociations l’allié de Séoul est poussé à faire des concessions à la Corée du Nord, sa marge de manœuvre sera très faible, note le New York Times.

Washington continue à mettre une « pression maximale » sur Pyongyang

Pour l’instant, les Etats-Unis affichent donc une grande prudence, insistant sur leur défiance vis-à-vis d’un régime qui, depuis des décennies, « ne tient pas ses promesses ». « Nous sommes ouverts. Nous sommes impatients d’avoir des précisions. Mais les Nord-Coréens ont nourri notre scepticisme, donc nous sommes un peu prudents dans notre optimisme », a résumé un haut responsable de la Maison Blanche sous couvert d’anonymat.

Le département d’Etat a également annoncé de nouvelles sanctions économiques contre Pyongyang après avoir « déterminé » que le régime nord-coréen avait utilisé de l’agent VX, une substance neurotoxique classée comme arme de destruction massive, pour assassiner en 2017, en Malaisie, Kim Jong-nam, demi-frère en disgrâce de Kim Jong-un.

Autre preuve de la volonté des Etats-Unis de continuer à mettre une « pression maximale » sur Pyongyang, un responsable américain a précisé que les exercices annuels militaires conjoints que Séoul et Washington avaient reportés jusqu’à la fin des jeux Paralympiques reprendraient comme prévu.

Où se place la Corée du Sud entre son allié américain et son voisin du Nord ?

Signe du difficile équilibre à trouver, Moon Jae-in a souligné mardi qu’il fallait discuter avec le Nord, mais aussi renforcer l’alliance avec Washington. « Nous devons parler avec le Nord de la dénucléarisation de la péninsule coréenne », a-t-il dit. « Mais en même temps, nous devons mettre notre énergie dans le développement efficace de nos capacités pour contrer les menaces nucléaires et balistiques du Nord », a-t-il jugé. Les émissaires sud-coréens sont censés partir mercredi pour Washington afin de rendre compte de ce voyage.