Attaque à Ouagadougou: Les enquêteurs s’orientent vers des possibles complicités dans l’armée

BURKINA FASO Les attaques ont fait sept morts et plus de 80 blessés parmi les forces de sécurité…

20 Minutes avec AFP
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Cette photo prise le 3 mars 2018 à Ouagadougou montre une voiture incendiée devant l'ambassade de France, un jour après des attaques terroristes. AFP PHOTO / Ahmed OUOBA
Cette photo prise le 3 mars 2018 à Ouagadougou montre une voiture incendiée devant l'ambassade de France, un jour après des attaques terroristes. AFP PHOTO / Ahmed OUOBA — AFP

L’enquête sur  la double attaque de Ouagadougou progressait dimanche : un djihadiste présumé soupçonné d’avoir joué un rôle clé était entendu par la justice du Burkina Faso qui soupçonne des complicités dans l’armée. L’homme dont la nationalité n’a pas été révélée a été arrêté vendredi dans les heures qui ont suivi les attaques coordonnées contre l’état-major des armées burkinabè et l’ambassade de France à Ouagadougou, a déclaré à l’AFP une source gouvernementale.

Cet homme est soupçonné d’avoir participé à l’attaque de l’état-major général de l’armée, en plein centre de Ouagadougou et pourrait même être « un cerveau » de l’opération, a-t-on ajouté. Un deuxième homme a été arrêté et était interrogé, mais les soupçons pesant sur lui sont moins forts que sur le premier, a indiqué cette source sans autre précision.

Sept morts et 80 blessés

Les attaques ont fait sept morts et plus de 80 blessés parmi les forces de sécurité, ainsi que neuf djihadistes tués, selon un dernier bilan. Elles ont été revendiquées samedi soir par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) lié à Al-Qaïda disant agir en représailles à une opération militaire française antidjihadiste au Mali. 

D’autres assaillants « djihadistes ont peut-être pu s’enfuir » après l’attaque de l’état-major, situé dans le quartier très fréquenté du grand marché de Ouagadougou, selon la source gouvernementale. Les autorités ont de « très forts soupçons » qu’il y ait « des infiltrés dans l’armée » qui ont renseigné les djihadistes pour l’attaque de l’état-major, a ajouté la source burkinabè.

« Ils avaient une connaissance des habitudes et pratiques courantes au sein de l’état-major, ce qui explique la facilité avec laquelle ils ont accédé au sein de l’état-major par son accès de service, situé au dos de l’entrée principale », avait expliqué samedi une autre source gouvernementale.

Soupçons de complicité dans l’armée

La plupart des assaillants identifiés étaient burkinabè, et un était étranger, selon des sources sécuritaires. Ceux qui ont mené l’assaut contre l’état-major portaient des uniformes de l’armée, autre indice d’une possible complicité interne. Les enquêteurs se demandent si l’attaque contre  l'ambassade de France n’était pas une « diversion » avant l’attaque contre l’état-major.

Dans sa revendication, le GSIM dit avoir agi « en réponse à la mort de plusieurs de ses dirigeants dans un raid de l’armée française dans le nord du Mali il y a deux semaines ». Le GSIM est une organisation djihadiste regroupant depuis un an plusieurs entités du Sahel liées à Al-Qaïda. Il est dirigé par le Touareg malien Iyad Ag Ghaly, chef d’Ansar Dine.

Des enquêteurs français sur place

Une importante équipe d’enquêteurs français est arrivée samedi à Ouagadougou pour prêter main forte à la justice burkinabè. Dirigée par un procureur de la section antiterroriste du parquet de Paris, l’équipe comprend des enquêteurs de la Sous-direction anti-terroriste, de la Direction générale de la sécurité intérieure et de la police scientifique, selon des sources judiciaire et policière françaises.

L’extrême tension persiste dans la capitale. Vers 2h heures du matin, une voiture et une moto ont tenté de forcer un barrage, malgré des tirs de sommation, à environ 1,5 km du palais présidentiel, en périphérie de Ouagadougou, selon des sources gouvernementale et sécuritaire.

La voiture avec deux occupants a fait demi-tour et pris la fuite. L’homme sur la moto a été tué, dans des circonstances non précisées. Autre incident dimanche matin, des soldats ont effectué des tirs de sommation contre des passants qui voulaient franchir une barrière dans la zone de l’état-major, toujours totalement bouclée.