Un homme teste le nouveau jeu vidéo lancé par le Hezbollah, le 28 février 2018 à Beyrouth.
Un homme teste le nouveau jeu vidéo lancé par le Hezbollah, le 28 février 2018 à Beyrouth. — JOSEPH EID / AFP

JEU DE ROLES

Liban: Le Hezbollah lance son jeu vidéo sur la guerre en Syrie

L'organisation a concu un jeu d'immersion, dans lequel le joueur prend la place d'un combattant du Hezbollah qui lutte contre Daesh...

Le Hezbollah a lancé son propre jeu vidéo sur le conflit syrien. Mercredi, le mouvement islamiste engagé au côté de Bachar al-Assad en Syrie, a présenté le résultat de cette initiative à Beyrouth, son bastion. Objectif : refléter « l’expérience du Hezbollah en Syrie ».

Le jeu vidéo s’appelle « Défense sacrée - Protéger la patrie et les sanctuaires ». Arme au poing et muni de grenades, le héros s’appelle Ahmed. Il passe d’une bataille à l’autre en territoire syrien. Dans une salle de jeux vidéo de la banlieue sud, Hussein Mhanna essaie le nouveau produit du Hezbollah, prévu uniquement pour les plus de 12 ans. « Je ne sais pas d’où viennent les tirs », s’exclame le jeune homme de 25 ans, un mordu de jeux vidéo qui n’a pourtant pas réussi à dépasser le « niveau 2 ». « Pendant que je jouais, ça m’a passionné. Je voulais tirer sur tout le monde », ajoute-t-il.

Le mausolée d’une petite-fille de Mahomet

Le jeu reflète « l’expérience du Hezbollah en Syrie », affirme un des concepteurs Hassan Allam, rattaché à l’unité des médias électroniques au sein du mouvement, un département qui par le passé a conçu d’autres jeux vidéo en lien avec l’engagement du Hezbollah contre Israël en territoire libanais. « L’idée a émergé à partir d’évènements réels sur le terrain, aussi bien en Syrie qu’à la frontière libano-syrienne, et au Liban », ajoute-t-il. Le jeu démarre avec l’entrée de son héros Ahmed dans le sanctuaire de Sayeda Zeinab, un haut lieu du chiisme situé dans la banlieue de Damas et abritant le mausolée de l’une des petites-filles du prophète Mahomet.

Le sanctuaire est bombardé par les rebelles et Ahmed, qui apparaît en habit militaire, prend alors les armes pour rejoindre ses frères de combats sur le champ de bataille. A travers les différentes étapes du jeu, les concepteurs ont choisi de se focaliser notamment sur les partisans de Daesh, dont les inscriptions figurant sur son drapeau noir ont été floutées. Dans l’optique de sa commercialisation, le jeu vidéo cible essentiellement les partisans du mouvement chiite libanais. L’objectif, explique Hassan Allam, est de permettre aux joueurs de comprendre « ce qui s’est passé, et ce que faisaient les combattants qui se sont "sacrifiés" ».

Des étapes de plus en plus dures

Allié de l’Iran et poids lourd de la vie politique libanaise, le Hezbollah est considéré par Washington comme un groupe « terroriste ». Il est officiellement engagé militairement en Syrie depuis 2013. C’est notamment grâce à ce soutien, ainsi qu’à l’appui de l'aviation de Moscou, que le régime de Bachar al-Assad​, en mauvaise posture face aux rebelles et aux jihadistes, a pu reprendre la main dans le conflit qui ravage la Syrie.

Les batailles du jeu deviennent de plus en plus ardues au fil des étapes, jusqu’à arriver à la frontière libanaise, dans la région de Qousseir, où le Hezbollah avait reconnu en 2013 avoir mené des combats contre des factions de l’opposition, bien avant la montée en puissance de l’organisation de l'Etat islamique. Le jeu s’achève sur la bataille de Ras Baalbeck, où le Hezbollah et l’armée libanaise avaient mené deux offensives distinctes pour déloger l’EI d’une enclave montagneuse libanaise qu’il avait conquise, à la frontière syrienne. Cette bataille s’était soldée à l’été 2017 par une défaite des jihadistes, dont les derniers combattants ont été évacués vers des régions en Syrie hors contrôle du régime.

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Commencée en 2011 par une révolte contre le régime de Bachar al-Assad, la guerre en Syrie s’est complexifiée au fil des ans avec l’implication des jihadistes et de puissances régionales et internationales. Elle a fait plus de 340.000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.