Rien ne va plus entre Donald Trump et son ministre de la Justice Jeff Sessions

ETATS-UNIS Attaqué par le président américain, Jeff Sessions semble se trouver sur un siège éjectable permanent...

Philippe Berry

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Donald Trump et le ministre américain de la Justice, Jeff Sessions, le 15 décembre 2017, à une cérémonie du FBI.
Donald Trump et le ministre américain de la Justice, Jeff Sessions, le 15 décembre 2017, à une cérémonie du FBI. — Evan Vucci/AP/SIPA

Pauvre Jeff Sessions. Régulièrement humilié par Donald Trump sur Twitter, le ministre de la Justice est forcé de faire le dos rond et se borne en général à défendre l’institution qu’il dirige. Mais la situation semble plus que jamais tendue entre les deux hommes, après un nouveau tweet du président américain, mercredi.

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Pour ceux qui ont raté le début, Donald Trump ne supporte plus son ministre depuis que ce dernier s’est récusé de l’enquête sur la Russie – car il était sous pression après avoir omis de déclarer des contacts avec l’ambassadeur russe. Du coup, c’est le numéro 2 du ministère, Rod Rosenstein, qui a récupéré la supervision de l’enquête, et il a décidé de nommer le procureur spécial Robert Mueller pour éclaircir l’affaire. Bref, si Donald Trump hurle « WITCH HUNT » (« chasse aux sorcières ») trois fois par semaine, c’est indirectement de la faute de son ministre.

« HONTEUX ! »

Mercredi, le président américain s’est indigné de bon matin : « Pourquoi Jeff Sessions demande-t-il à l’inspecteur général d’enquêter sur les possibles abus liés à Fisa ? Cela va être sans fin, il n’a pas le pouvoir d’engager des poursuites. L’inspecteur général n’a-t-il pas été nommé par Obama ? Pourquoi ne pas avoir recours aux juristes du ministère de la Justice ? HONTEUX ! »

Traduction : Jeff Sessions a demandé à l’inspecteur général des Etats-Unis de se pencher sur l’affaire de la surveillance d’un ancien conseiller de Trump par la cour spéciale Fisa, afin de déterminer s’il y avait eu des abus ; mais l’inspecteur général, nommé par Obama, n’a pas le pouvoir d’un procureur, ce qui chagrine Donald Trump, qui aimerait bien voir des têtes tomber.

Trump vs « Mr Magoo »

Dans un bref communiqué, le ministre a vivement réagi, soulignant, sans mentionner directement le tweet présidentiel, que tant qu’il serait en poste, il continuerait à accomplir son devoir « avec honneur et intégrité ». Jeff Sessions ne s’est pas arrêté là. Mercredi soir, il a dîné à Washington avec les numéros 2 et 3 du ministère de la Justice. Et il s’est assuré d’être photographié, histoire d’afficher le front uni de son ministère. « Ça a un peu des airs du ''dernier repas'' », a ironisé l’ancien stratège d’Obama, David Axelrod, sous-entendant avec cette référence à la Cène que les jours de Jeff Sessions étaient sans doute comptés.

Donald Trump critiquerait également son ministre en privé. Selon le New York Times, il l’aurait surnommé « Mister Magoo », d’après un personnage de BD âgé et myope.

Mais ces attaques pourraient bien lui causer des ennuis. Selon le Washington Post, le procureur en charge de l’enquête sur l’ingérence russe s’intéresserait à la pression exercée par Donald Trump sur Jeff Sessions afin de déterminer si elle s’inscrit dans un cadre plus large d’entrave à la Justice. Chaque tweet pourrait avoir de l’importance.