Turquie : Non, Erdogan n'a pas annoncé préparer l'invasion de la Grèce

FAKE OFF L'affirmation, complètement fausse, s'est répandue sur internet...

Mathilde Cousin

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Erdogan, le président turc, n'a pas menacé d'envahir la Grèce.
Erdogan, le président turc, n'a pas menacé d'envahir la Grèce. — CHINE NOUVELLE/SIPA
  • Plusieurs blogs, qui reprennent un site américain, soutiennent que la Turquie menace d’envahir la Grèce.
  • Si le président turc a bien prononcé un discours musclé, il visait les entreprises qui cherchent du gaz naturel autour de Chypre.
  • Le statut de l’île de Chypre est un sujet de tensions entre la Turquie et la communauté internationale depuis la partition du territoire en 1974.

Après s’être lancé dans une offensive en Syrie, Recep Erdogan, le président turc, viserait-il la Grèce ? C’est ce qu’affirment, à tort, plusieurs sites français, s’inspirant d’un article publié par le Gatestone institute, un site américain.

Pour soutenir leurs dires, ces blogs français citent un discours du 13 février du président turc : « Ceux qui pensent que nous avons effacé de nos cœurs les terres dont, il y a cent ans, nous nous sommes retirés en larmes, ont tort, a lancé Recep Erdogan devant son parti, l’AKP. Nous disons à chaque occasion que la Syrie, l’Irak et d’autres endroits de la carte de nos cœurs ne sont pas différents de notre propre patrie. Partout où l’appel à la prière est entendu, nous luttons pour qu’un drapeau étranger ne soit pas brandi. Les choses que nous avons faites jusqu’ici ne sont rien en comparaison des attaques encore plus grandes que nous prévoyons dans les prochains jours. »

FAKE OFF

Cet extrait de discours, aux accents nettement guerriers, est sorti de son contexte. Comme le détaille l'agence de presse Reuters, Erdogan prononce ce discours dans un contexte de tension autour de ressources naturelles avec Chypre, l’île divisée entre une partie hellénophone et une partie turcophone depuis 1974. La partie grecque de l'île, qui forme la République de Chypre, est membre de l'UE, tandis que la souveraineté de la partie turcophone n'est reconnue que par Ankara. 

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Durant le week-end qui a précédé l’allocution présidentielle, des Chypriotes grecs ont accusé l’armée turque d’avoir bloqué un navire italien qui cherchait du gaz naturel. La présence du navire a mené aux menaces du président turc : « Nos bateaux de guerre et nos unités de sécurité suivent tous les développements dans la région, avec ordre de faire tout ce qui est nécessaire », a lancé Erdogan devant l’AKP. Le président turc mettait en garde les compagnies internationales contre l’exploitation de gaz dans les eaux chypriotes, précise l’AFP. « Ne pensez pas que les tentatives opportunistes de recherche de gaz naturel au large de Chypre (..) échappent à notre attention », a ajouté le président turc.

Chypre apaise les tensions

Nicos Anastasiades, le président chypriote, n’a pas voulu faire monter les tensions : « Il n’y aucune raison de s’inquiéter, a-t-il déclaré, selon Reuters. Cela est géré de façon à éviter toute crise qui pourrait créer des problèmes à l’économie ou à l’Etat. »

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a réagi à l’incident sur Twitter, invitant la Turquie à « éviter les menaces et les actes dirigés contre tout membre de l’UE et à plutôt s’engager pour de bonnes et paisibles relations de voisinage ».

Chypre avait annoncé la semaine précédent le discours d’Erdogan la découverte de réserves de gaz à l’est de l’île par le groupe italien ENI et le français Total. La Turquie conteste la souveraineté de la République de Chypre sur ces eaux.

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