Pologne: une couverture de journal pro-avortement suscite des critiques

POLÉMIQUE Le pays s'apprête à durcir sa loi sur l'avortement, déjà l'une des plus restrictives en Europe...

Benjamin Chapon

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Manifestation en faveur du droit à l'avortement en Pologne, le 17 janvier 2018 à Cracovie
Manifestation en faveur du droit à l'avortement en Pologne, le 17 janvier 2018 à Cracovie — ENPOL/SIPA

La couverture d’un supplément hebdomadaire d’un journal polonais de gauche avec trois femmes portant des T-shirts avec l’inscription « l’avortement est ok » a suscité samedi de vives critiques dans un pays à majorité catholique qui s'apprête à durcir sa loi en la matière, déjà l'une des plus restrictives en Europe. « Tu n’es pas toute seule. Une de tes amies sur trois a eu un avortement », titre le supplément WO - Wysokie obcasy (« les hauts talons », en polonais) de Gazeta Wyborcza, un grand journal de gauche.

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En couverture sur fond rose, les trois femmes du « dream team abortif », comme les appelle le journal, affichent un grand sourire.

« Le supplément a dépassé toutes les bornes », en faisant « la promotion macabre de l’assassinat », a aussitôt commenté le portail de droite wPolityce.

Même des journalistes de premier plan de Gazeta Wyborcza ont pris leurs distances. « La couverture et le titre sont bêtes », a commenté l’un d’eux, Pawel Wronski, en soulignant sur son compte Twitter que la rédaction du supplément féminin et celle du quotidien étaient différentes.

Un problème politique et de société en Pologne

Des internautes, même favorables à la libéralisation de la loi sur l’avortement, ont critiqué l’initiative en soulignant que « le droit à l’avortement est ok » mais « l’avortement n’est pas ok ».

Ce supplément avait déjà dans le passé choqué en publiant une interview d’une chanteuse, Natalia Przybysz, qui racontait son voyage en Slovaquie pour mettre terme à une grossesse. En Pologne, l’IVG par choix personnel est interdite.

Le parlement dominé par la droite conservatrice travaille actuellement sur un projet du Comité « Stop Avortement ». Si le projet est adopté, l’IVG ne sera plus autorisée que dans deux cas : risque pour la vie ou la santé de la mère et grossesse résultant d’un viol et d’un inceste. L’IVG en cas de malformations du foetus ne serait plus permise.

Ce dernier genre de problème est à l’origine de 1.046 avortements, soit 96 % des IVG pratiquées légalement en Pologne en 2016, selon Kaja Godek, une animatrice de Stop Avortement.

Selon des organisations féministes, des Polonaises subissent entre 80.000 et 130.000 avortements illégaux chaque année, en général dans les pays voisins, en premier lieu la République tchèque, la Slovaquie et l’Allemagne.