VIDEO. Oxfam: Retour sur le scandale sexuel touchant l'ONG en Haïti

MONDE Le « Times » a révélé que des responsables de l’ONG auraient engagé des prostituées à Haïti après le séisme de 2010…

T.L.G. avec AFP

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Panneau d'Oxfam, illustration.

Panneau d'Oxfam, illustration. — Andy Buchanan / AFP

  • L'organisation humanitaire Oxfam est dans la tourmente depuis vendredi.
  • D'après Le Times, des responsables de l’ONG auraient engagé des prostituées à Haïti après le séisme de 2010.
  • D'autres ONG pourraient être touchées.

L’affaire secoue le Royaume-Uni. L’organisation humanitaire Oxfam est dans la tourmente depuis vendredi. Le journal britannique The Times a révélé que des responsables de l’ONG auraient engagé des prostituées à Haïti après le séisme de 2010. Le gouvernement britannique, qui doit rencontrer l’association ce lundi, a réclamé une « enquête complète et urgente » sur ces accusations. 20 Minutes revient sur ces révélations, qui ont entraîné la démission de la directrice adjointe d’Oxfam, et sur un scandale qui pourrait s’avérer plus large.

Qu’a révélé « The Times » ?

En 2010, Haïti est touché par un tremblement de terre faisant plus de 200.000 morts. A l’époque, Oxfam envoie plus de 200 personnes sur place pour aider la population. L’enquête du Times révèle que des groupes de jeunes prostituées, des femmes rescapées du tremblement de terre, étaient alors invités dans des maisons et des hôtels payés par Oxfam. Une source citée par le quotidien affirme également avoir vu une vidéo d’une orgie avec des prostituées portant des tee-shirts d’Oxfam.

Comment s’est défendu Oxfam ?

L’ONG assure avoir lancé, dès connaissance des accusations, en 2011, une enquête interne. Quatre employés ont été licenciés et trois autres ont démissionné avant la fin de cette enquête. Le directeur des opérations en Haïti, le Belge Roland van Hauwermeiren, 68 ans, a été contraint de démissionner, après avoir admis avoir engagé des prostituées.

Mais le Times va plus loin. Le journal explique que l’organisation n’a pas prévenu les autres ONG des employés impliqués dans le scandale. Ces derniers ont donc pu obtenir par la suite des missions dans d’autres zones de catastrophes naturelles au contact des populations fragiles. L’un d’entre eux est ainsi devenu chef de mission pour Action contre la faim au Bangladesh de 2012 à 2014.

ACF indique que l’ONG ne lui a jamais indiqué les raisons de sa démission. « En outre, nous avons reçu des références positives de la part d’anciens employés d’Oxfam - à titre individuel - qui ont travaillé avec lui, dont une personne chargée des ressources humaines », a déclaré à l’AFP Mathieu Fortoul, porte-parole d’ACF. L’organisation s’est défendue d’avoir voulu dissimuler les faits afin de protéger sa réputation. Des communiqués de presse ont été diffusés en août et septembre 2011 au sujet de l’enquête, sans toutefois préciser la nature des accusations.

Comment a réagi le pouvoir britannique ?

Downing Street a qualifié ces révélations de « vraiment choquantes » et demandé « une enquête complète et urgente sur ces allégations très graves ». « Nous voulons qu’Oxfam fournisse toutes les preuves qu’ils ont des événements à la Commission caritative », l’institution britannique qui contrôle les organisations humanitaires, a indiqué un porte-parole de la Première ministre Theresa May.

La Commission caritative a bien reçu un rapport d’Oxfam en août 2011. Mais ce rapport n’évoquait pas des « abus portant sur des bénéficiaires » de l’ONG ni de « potentiels crimes sexuels impliquant des mineurs ». La Commission a donc demandé à l’ONG de fournir des informations supplémentaires « de toute urgence ».

« Avec le recul, j’aurais préféré que nous évoquions des mauvais comportements de nature sexuelle, mais je ne pense pas qu’il était dans l’intérêt de quiconque de décrire les détails de ce comportement, car cela allait vraiment attirer une extrême attention sur ce sujet », a déclaré samedi le PDG d’Oxfam, Mark Goldring, sur BBC Radio 4.

Sur la BBC, Penny Mordaunt, secrétaire d’Etat britannique au Développement international, a jugé qu’Oxfam avait « failli en termes de leadership moral », et menacé d’une suspension des fonds gouvernementaux

D’autres ONG touchées ?

Dimanche, le journal The Observer a assuré que des faits similaires se sont produits lors d’une mission au Tchad en 2006, concernant une équipe dirigée par l’une des personnes impliquées. Le Sunday Times rapporte de son côté que le problème est plus global : plus de 120 employés des principales organisations humanitaires britanniques auraient été accusés d’abus sexuels l’année dernière. D’après le quotidien, Oxfam a enregistré 87 incidents en 2017, en a communiqué 53 à la police et a renvoyé 20 membres du personnel ou volontaires.