Pour les députés britanniques, «Nicolas Sarkozy a su tourner la page»

Eric Albert, à Westminster

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Place à la revue des troupes devant le château de Windsor. Un rôle taillé sur mesure pour un Nicolas Sarkozy qui a décidé la semaine dernière de représidentialiser sa fonction. Parader devant des soldats à Londres, ça a un petit côté De Gaulle, non ?
Place à la revue des troupes devant le château de Windsor. Un rôle taillé sur mesure pour un Nicolas Sarkozy qui a décidé la semaine dernière de représidentialiser sa fonction. Parader devant des soldats à Londres, ça a un petit côté De Gaulle, non ? — Reuters

«On est souvent trompé en amour.» La citation d’Alfred de Musset est murmurée, en français dans le texte, par un député britannique après le discours de Nicolas Sarkozy devant le parlement britannique. Le président français vient pourtant de passer trois quarts d’heure à célébrer l’amitié franco-britannique, saluant une «entente amicale».

La remarque en dit long sur les tensions passées entre les deux peuples. Il y a seulement cinq ans, Jacques Chirac et Tony Blair s’affrontaient amèrement sur le dossier de la guerre en Irak.

Applaudissements nourris


Pourtant, à part cette boutade (et les fresques saluant les batailles de Waterloo et de Trafalgar de chaque côté de la salle où Nicolas Sarkozy s’exprimait), les députés britanniques ont plutôt bien reçu son discours. «C’était un discours passionné, notamment sur l’Europe, et c’est une bonne chose pour les Britanniques d’entendre cela, estime Geoff Hoon, député travailliste et ancien ministre des Affaires européennes. Je suis d’accord avec lui pour dire que l’Europe a tendance à regarder trop vers elle-même, plutôt que de s’ouvrir vers le reste du monde.»
Nicolas Sarkozy a notamment provoqué des applaudissements nourris quand il a déclaré que «l’Europe a besoin du Royaume-Uni». «Le message est important pour les Britanniques», confirme Jack Straw, ministre de la Justice.

Denis MacShane, ancien ministre des Affaires européennes et fin connaisseur de la France, estime de son côté que le discours du président français permet de mettre un point final aux acrimonies entre les deux pays. «Il a tourné la page des discours de Chirac et de Mitterrand qui étaient polis mais qui traitaient les anglo-saxons comme des rivaux. Certes, un beau discours ne suffit pas à faire une politique et il faut maintenant des actions concrètes. Mais il a su tourner la page. Tout reste maintenant à écrire.»