JO de Pékin: quelle est la meilleure attitude à adopter?

POLEMIQUE Les spécialistes de la Chine nous livrent leur point de vue…

Alexandre Sulzer

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Des Tibétains manifestent à la frontière indo-chinoise, le 21 mars 2008
Des Tibétains manifestent à la frontière indo-chinoise, le 21 mars 2008 — REUTERS/Rupak De Chowdhuri

Faut-il boycotter les Jeux Olympiques de Pékin pour faire infléchir la position des autorités chinoises sur la question tibétaine? Les spécialistes de la Chine interrogés par 20minutes.fr sont loin d'être convaincus. «Cela déclencherait une lame de fond xénophobe en Chine alors que le ton des sites web chinois est déjà très remonté contre l'Occident», analyse Jean-Luc Domenach, spécialiste de la Chine au Centre d'études et de recherches internationales (Ceri) et auteur de «La Chine m'inquiète» (éd. Perrin). «Les responsables chinois peuvent être réceptifs aux arguments de l'Occident concernant la répression de leurs opposants politiques. Mais pas concernant les minorités ethniques comme les Tibétains. Sur cette question, Pékin considère qu'il s'agit d'une ingérence inacceptable».

«La possibilité de faire bouger la situation est minime», confirme Jean-Philippe Béja, chercheur au Ceri et co-auteur de «Droits humains en Chine: le revers de la médaille» (éd. Autrement). «Si les JO n'avaient pas lieu, les autorités seraient embêtés mais ils utiliseraient le boycottage avant tout comme un levier de mobilisation du nationalisme. Ce qui ferait empirer la situation.»

En revanche, une non-participation des chefs de l'Etat à la cérémonie d'ouverture est une solution. «Les autorités ont voulu politiser les JO en invitant les responsables politiques du monde entier, ce qui ne se fait pas d'habitude. Il serait donc logique de ne pas y assister», tranche Béja. Si cela peut avoir un effet sur des autorités chinoises en recherche de crédibilité, l'absence de chefs d'Etat ne risquerait-il pas de braquer l'opinion publique chinoise? «Non, les Chinois se moquent de voir la tête de George W. Bush ou pas. Ce qui les intéresse, comme tout le monde, c'est de ramener des médailles».

Des journalistes libres de circuler?

Pour un haut fonctionnaire européen spécialiste des relations sino-européennes, le meilleur angle d'attaque serait d'assurer la liberté de circulation des journalistes étrangers accrédités. «C'est un engagement que Pékin a souscrit auprès du Comité International Olympique (CIO) avec une restriction maintenue sur la province autonome du Tibet. Les journalistes sont censés pouvoir se rendre dans les zones tibétaines des autres provinces.» Une entorse à ce principe, comme c'est le cas actuellement, remettrait en cause, selon lui, la crédibilité internationale de Pékin.

Pour Marie Holzman, sinologue à Paris VII et porte-parole du comité Chine JO 2008 (pour les Droits de l'homme), un boycottage serait «dérisoire». «C'est la solution de facilité qui permet aux dirigeants occidentaux de faire bonne figure.» Pour elle, la conduite de la chancelière allemande Angela Merkel, qui a reçu le dalaï-lama, est en revanche «remarquable». «Son discours ferme ne l'empêche pas de commercer avec la Chine», observe-t-elle. «Ce qu'il faut, c'est faire honte au gouvernement chinois.» Un exercice olympique.