Le vin contaminé par des résidus de pesticides?

ENVIRONNEMENT Selon des associations écologistes qui ont procédé à l'analyse de 40 bouteilles...

Avec agence

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Après avoir souffert pendant des décennies de l'offensive mondiale des "vins du Nouveau Monde", les crus français marquent aujourd'hui des points dans le territoire même de l'un de ses principaux concurrents: l'Australie.
Après avoir souffert pendant des décennies de l'offensive mondiale des "vins du Nouveau Monde", les crus français marquent aujourd'hui des points dans le territoire même de l'un de ses principaux concurrents: l'Australie. — Amy Sussman AFP/Getty Images/Archives

Les vins traditionnels sont systématiquement contaminés par des résidus de pesticides dangereux. C'est la conclusion d'une mini-enquête présentée ce mercredi par les associations du réseau européen d'action contre les pesticides PAN-Europe.

Elles ont procédé à l'analyse de 40 bouteilles de vin rouge (34 bouteilles traditionnelles et 6 bouteilles de la viticulture biologique) en provenance de France, d'Autriche, d'Allemagne, du Portugal, d'Afrique du Sud, d'Australie et du Chili.

Jusqu'à 10 résidus de pesticides

Il en ressort que tous les vins issus de l'agriculture non-biologique étaient contaminés, chaque échantillon prélevé contenant en moyenne plus de 4 résidus de pesticides, les plus suspects jusqu'à 10 résidus. Les niveaux de contamination constatés dans les analyses ne dépassaient cependant pas les limites normales autorisées pour le raisin.

PAN-Europe souligne toutefois que les niveaux de contamination observés dans le vin conventionnel sont considérablement plus élevés que ceux tolérés pour les pesticides présents dans l'eau du robinet (5.800 fois plus élevés dans un cas). Quant aux six vins biologiques sélectionnés, seul l'un d'eux comportait de faibles traces de pesticides, sans doute en raison de la pulvérisation de parcelles voisines.

Trois bourgogne et sept bordeaux

«Le problème n'est pas lié à la qualité des vins», a souligné un membre de l'organisation, Elliott Cannell, précisant que «trois bouteilles de crus français analysés valaient plus de 200 euros chacune». Parmi les vins sélectionnés pour l'enquête, se trouvaient trois bourgogne (auxey duresses, mercurey premier cru et santenay premier cru) et sept bordeaux (trois pessac-Leognan, dont deux crus classés, deux pomerol, un Lalande de pomerol, un saint-estèphe cru classé) de villages prestigieux.

«La plupart des vins dataient de 2002. L'argument selon lequel les résidus de pesticides disparaissent au bout de quelques années est donc fausse, tout comme celle qui veut que les pesticides ne subsistent pas à la transformation du raisin», explique pour sa part à 20minutes.fr le Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (MDRGF), à l'origine de cette étude.

Vignes traitées «entre vingt et trente fois»

L'eurodéputée verte Hiltrud Breyer, membre d'une commission sur la sécurité alimentaire, a jugé le résultat de l'enquête «alarmant mais prévisible», soulignant que «nous sommes confrontés aux vieilles habitudes de certains viticulteurs qui traitent entre vingt et trente fois leurs vignes».

«Bien que les concentrations soient inférieures à celles détectées récemment dans les fruits et les légumes, les résidus sont composés de pesticides plus nombreux», a-t-elle ajouté. Vingt-quatre pesticides ont été identifiés dans cette mini-enquête, dont quelques uns classés comme potentiellement cancérigènes, toxiques pour la reproduction ou le développement, ou perturbateurs sur le plan endocrinien.