Allemagne: Comment Angela Merkel est affaiblie par les négociations

NEGOCIATIONS Une nouvelle série de discussions s'ouvrent ce dimanche outre-Rhin pour former un gouvernement de coalition autour d'Angela Merkel...

L.C.

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Angela Merkel au Bundestag à Berlin, le 22 janvier 2018.
Angela Merkel au Bundestag à Berlin, le 22 janvier 2018. — Michael Sohn/AP/SIPA
  • Angela Merkel entame son quatrième mandat en tant que chancelière.
  • Des discussions sont ouvertes depuis des mois pour former une coalition de gouvernement entre son parti, la CDU/CSU, et les sociaux-démocrates (SPD).
  • Ce statu quo politique a affaibli l’aura de la dirigeante allemande.

Bientôt le bout du tunnel pour Angela Merkel ? La chancelière est engagée dans d’interminables discussions depuis les élections fédérales de septembre 2017 à l’issue desquelles la patronne du parti chrétien-démocrate (CDU/CSU) s’est vue contrainte de former un gouvernement de coalition. Une dernière série de négociations s’est ouverte ce dimanche pour établir un accord avec les sociaux-démocrates. Mais cet imbroglio politique qui dure a déjà nettement affaibli Angela Merkel à l’aube de son quatrième mandat.

Cote de popularité en berne

En Allemagne, la popularité de la chancelière a baissé au cours de ces quatre derniers mois pour s’établir à 52 % d’opinions favorables début janvier tandis qu’un Allemand sur deux serait favorable à ce qu’elle soit maintenue à la chancellerie. « Son image a été sérieusement entachée. Une partie de la population considère que son bilan n’est pas exceptionnel et la gestion de la crise migratoire lui a aussi fait perdre des points. En outre, l’arrivée des députés d’extrême-droite de l’AfD au Bundestag (l’Assemblée allemande) est attribuée à l’échec de sa politique », relève Hélène Miard-Delacroix, spécialiste de l’Allemagne contemporaine et professeur à la Sorbonne.

L’économie allemande a beau être en forme, le vide gouvernemental depuis quelques mois nuit à l’image de la chancelière. L’Assemblée ne peut ni voter de nouveau budget ni engager de nouvelles dépenses. Au forum de Davos, la chancelière a elle-même reconnu le 24 janvier que l’absence de « gouvernement stable » la privait de moyens d’action.

« Plus la formation d’un gouvernement traîne en longueur, plus elle perd du terrain, chaque jour supplémentaire où elle doit se contenter d’être une chancelière aux affaires courantes l’affaiblit », résumait alors l’hebdomadaire Die Zeit.

Leadership européen et international entre parenthèses

Déstabilisée outre-Rhin, Angela Merkel se trouve logiquement affaiblie sur le plan international. « C’est d’autant plus frappant qu’elle jouissait auparavant d’une aura particulière, peut-être gonflée par les médias », note Hélène-Miard Delacroix. Une image rassurante, expérimentée, calme et ferme, sobre et peu clivante, qui ne lui a toutefois pas permis de mener son parti à une très large victoire en septembre dernier.

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En Europe, « Merkel incarnait cette Allemagne qui va bien et qui peut légitimement donner des leçons à tout le monde. À partir du moment où elle est déstabilisée à l’intérieur, cela ne peut plus marcher », constate la professeure.

Des effets durables pour Merkel

Ce bras de fer politique avec le SPD est loin d’être achevé et il pourrait avoir des répercussions à long terme sur la carrière politique d’Angela Merkel. « Il lui faudrait d’immenses succès pour redresser la barre », estime Hélène Miard-Delacroix. « C’est peut-être le mandat de trop pour Angela Merkel, qui a fait le vide autour d’elle dans son parti ».

Aucun prétendant à sa succession mais de nombreux cadres de son parti appellent à un « rajeunissement » de la direction. Le débat sur l’après-Merkel a déjà commencé.