VIDEO. Autorisée par Trump, la publication d'un «mémo» explosif fait pschitt

ETATS-UNIS Alors que le président américain critique le FBI, les démocrates l'ont averti : pas touche au procureur spécial Robert Mueller...

Philippe Berry

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Photomontage de trois pages d'un «mémo» sur le FBI déclassifié par Donald Trump et publié par le Congrès américain.
Photomontage de trois pages d'un «mémo» sur le FBI déclassifié par Donald Trump et publié par le Congrès américain. — CONGRES AMERICAIN

Depuis des semaines, le mouvement #ReleaseTheMemo promettait un scandale « pire que le Watergate », qui allait exposer une conspiration anti-Trump remontant jusqu’au sommet du FBI et du département de la Justice. Après plusieurs jours de suspense, le président américain a déclassifié le rapport, vendredi, autorisant ainsi sa publication par une commission du Congrès, contre l’avis du FBI. Son ancien directeur, James Comey, limogé par Donald Trump, a réagi sur Twitter d’un cinglant « Tout ça pour ça ? »

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Ce que dit le mémo

Intelligence memo by The Guardian on Scribd

Ce rapport de trois pages et demi a été compilé par l’élu républicain Devin Nunes, sur la base d’informations classifiées provenant de l’enquête sur l’ingérence présumée de la Russie dans l’élection américaine. Nunes fait part de son « inquiétude à propos de la légitimité et de la légalité » du processus via lequel l’ancien conseiller de Donald Trump, Carter Page, suspecté d’avoir communiqué avec des espions russes, a été placé sous surveillance en octobre 2016, un an avant l’élection.

Pour surveiller un citoyen américain, le FBI doit obtenir une autorisation signée par un juge de la Cour secrète Fisa, mise en place après le 11-Septembre 2001. Le mandat est valable pour 90 jours et peut être renouvelé. Nunes a deux reproches :

  1. Le « dossier » non vérifié contre Donald Trump compilé par l’ancien espion britannique Christopher Steele – qui avait transmis ses découvertes au FBI – a, selon lui, joué « un rôle essentiel » dans la requête pour placer Page sous surveillance.
  2. Dans sa demande, le FBI « n’a pas dévoilé le fait que le parti démocrate et la campagne d’Hillary Clinton avaient en partie financé » le dossier dans le cadre d’une opération de recherche d’opposition.

L’éléphant accouche d’une souris

« Ce qui se passe dans notre pays est une véritable honte », a lancé Donald Trump, accusant le FBI et le département de la Justice d’avoir « politisé l’enquête en faveur des démocrates ». « Tout ça pour ça ? », lui a répondu James Comey, appelant le FBI à « continuer son travail ».

Le « mémo » se tire une balle majeure dans le pied. Le dernier point reconnaît que « l’enquête de contre-espionnage » du FBI sur la campagne de Donald Trump a démarré en juillet 2016 – trois mois avant la mise sous surveillance de Carter Page. Et que l’enquête ne se basait pas sur le dossier de Steele mais sur « une information concernant George Papadopoulos », un autre conseiller de la campagne de Trump – qui a depuis plaidé coupable d’avoir menti au FBI. Selon le Washington Post, lors d’une soirée arrosée à Londres en mai 2016, Papadopoulos se serait vanté auprès de l’ambassadeur australien que la Russie disposait d’informations compromettantes sur Hillary Clinton. L’Australie aurait ensuite prévenu le renseignement américain.

Sur Twitter, l’ancienne agente du FBI, Asha Rangappa, démonte un peu plus la théorie d’une conspiration. La demande pour surveiller Carter Page a été renouvelée trois fois, au total par quatre juges différents de la cour Fisa. Selon elle, « un juge n’approuve une extension que si le gouvernement prouve qu’il a obtenu des informations confirmant » ses soupçons initiaux. Quid de l’impartialité discutable d’un dossier en partie financé par les démocrates ? Selon l’expert en droit constitutionnel Orin Kerr, un tel scénario est courant, et il appartient au juge d’évaluer « la crédibilité » de la source.

L’avertissement des démocrates

L’une des personnes qui a demandé une extension de la surveillance de Carter Page est le ministre adjoint de la Justice Rod Rosenstein, nommé par Donald Trump. C’est également Rosenstein qui a nommé le procureur spécial Robert Mueller pour faire toute la lumière sur l’affaire. En théorie, limoger Rosenstein pourrait permettre à Trump d’obtenir la tête de Mueller.

« Limoger Rod Rosenstein ou Bob Mueller pourrait créer une crise constitutionnelle sans précédent » depuis l’ère Nixon, ont averti les leaders démocrates au Congrès dans une lettre au président. De telles méthodes constitueraient « une obstruction à la justice », qui peut potentiellement mener à une destitution, ont-ils également prévenu. Les républicains John McCain et Trey Gowdy ont également répété qu’ils avaient « toute confiance » en Robert Mueller.

Vendredi, des journalistes ont demandé à Donald Trump s’il « allait limoger Rod Rosenstein ou s’il lui faisait toujours confiance ». Sa réponse : « A vous de deviner ! » (« You figure that one out »). Turbulences en vue.