VIDEO. Syrie: A Afrine, un temple antique victime collatérale des combats

ARCHEOLOGIE Les autorités kurdes et syriennes ont imputé la responsabilité des bombardements à la Turquie, qui a lancé le 20 janvier une offensive contre cette région kurde...

20 Minutes avec AFP

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Dans la région syrienne d'Afrine, cible d'une offensive turque, un temple de 3.000 ans a été frappé de plein fouet par des raids aériens.
Dans la région syrienne d'Afrine, cible d'une offensive turque, un temple de 3.000 ans a été frappé de plein fouet par des raids aériens. — DELIL SOULEIMAN / AFP

Les sculptures murales de l’entrée ne sont plus qu’un tas de gravats. Plus loin, seules les griffes d’un lion en pierre subsistent. Dans l’enclave d’Afrine, cible d’une offensive turque en Syrie, un temple vieux de 3.000 ans n’a pas échappé aux raids aériens.

Les autorités kurdes et syriennes ont imputé la responsabilité des bombardements à la Turquie, qui a lancé le 20 janvier une offensive contre cette région kurde du nord-ouest du pays située à sa frontière.

Juché sur une colline, le temple néo-hittite d’Aïn Dara a été construit à l’ère araméenne (environ 1.300-700 avant J.-C.). L’identité de la divinité adorée dans l’édifice n’a jamais été véritablement établie, mais une des hypothèses évoque Ishtar, déesse de l’amour.

Le lion en basalte épargné

Jusqu’au 26 janvier, date des frappes, le temple, « l’un des édifices archéologiques les plus importants construits par les Araméens en Syrie », selon la Direction générale des Antiquités et Musées, présentait encore de beaux vestiges.

Aujourd’hui, les marches décorées de motifs géométriques de l’escalier de l’entrée de l’édifice sont recouvertes de morceaux de pierre. Les fresques sculptées dans la pierre en basalte noire, représentant d’imposants animaux ailés, ne sont plus que décombres. Seule la partie arrière du temple a été épargnée, tout comme le lion en basalte qui se tient devant les collines verdoyantes d’Afrine.

Animaux légendaires

« J’étais assis ici. La frappe a été tellement violente que nous avons été fortement secoués. Après, la fumée a commencé à monter de la colline », raconte Ahmed Saleh, septuagénaire du village voisin de Aïn Dara, la tête protégée par un keffieh rouge et blanc.

Après une visite sur le site, l’archéologue Salah el-Din Senno estime l’ampleur des dégâts à « entre 40 et 50 % ». Montrant de vieilles photos du temple collées sur les murs de son bureau à la Direction des antiquités d’Afrine, il détaille l’étendue des pertes sur ce site de 50 hectares, découvert en 1982.

« Les dommages commencent dès l’entrée, jusqu’à l’intérieur : des statues d’animaux légendaires, gardiens du temple, et d’autres sculptures représentant les dieux ont été projetées » un peu partout par le souffle de l’explosion, ajoute-t-il.

L’armée turque, qui vise à Afrine la puissante milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), qualifiée de « terroriste » par Ankara, a assuré que « les édifices religieux et culturels, les monuments historiques, les vestiges archéologiques » ne faisaient « certainement pas partie des cibles ». Mais les autorités de Damas, des responsables kurdes et l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) ont accusé Ankara d’être responsable des dommages du temple de Aïn Dara.