Publication d'un «mémo» controversé: La guerre se profile entre le FBI et Donald Trump

ETATS-UNIS Alors que le président devrait autoriser la publication du rapport, le FBI a fait part de ses «graves inquiétudes»...

Philippe Berry

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Christopher Wray a été confirmé à la tête du FBI par le Sénat américain le 1er août 2017.
Christopher Wray a été confirmé à la tête du FBI par le Sénat américain le 1er août 2017. — Ron Sachs/SIPA

Nommé par Donald Trump, le nouveau patron du FBI, Christopher Wray, hausse le ton. Mercredi, l’organisation s’est publiquement opposée à la publication d’un mémo controversé compilé par un parlementaire républicain, qui accuse le FBI d’avoir abusé de son pouvoir pour placer sous surveillance un conseiller de Donald Trump.

« Comme nous l’avons exprimé lors de notre premier examen, nous avons de graves inquiétudes concernant des omissions factuelles qui affectent de manière fondamentale l’exactitude du rapport », écrit le FBI. Donald Trump a jusqu’à samedi pour décider de publier, ou pas, le mémo. Après le discours sur l’état de l’Union, on a entendu le président américain répondre « 100 % » à un élu qui lui demandait s’il comptait donner son feu vert.

Croisade menée par un proche de Trump

Ce rapport de quatre pages a été rédigé par l’équipe du représentant républicain Devin Nunes, qui a fait partie de l’équipe de transition de Donald Trump. Ses collègues démocrates l’accusent d’avoir sorti des éléments de leur contexte et d’avoir volontairement omis certains points afin de décrédibiliser le FBI. Le rapport attaquerait notamment le ministre-adjoint de la Justice, Rod Rosenstein.

Nommé par Trump, ce dernier a supervisé l’enquête du département de la Justice sur l’ingérence présumée de la Russie dans l’élection, car le ministre de la Justice, Jeff Sessions, a été forcé de se récuser. Surtout, c’est Rod Rosenstein qui a nommé et supervise le procureur spécial Robert Mueller, chargé de faire toute la lumière sur l’affaire, une décision vivement critiquée par Donald Trump, qui répète qu’il n’y a eu « ni collusion ni obstruction ».

« Saturday Night Massacre »

Le démocrate Adam Schiff estime que le but du mémo est de fragiliser la position de Rosenstein pour donner un prétexte à Donald Trump pour le limoger. Son successeur pourrait alors décider de mettre fin à la mission de Robert Mueller.

Norm Eisen, ancien conseiller de Barack Obama sur l’éthique, a écrit un édito alarmiste mercredi soir sur Politico, affirmant que « le Massacre du samedi soir de Trump est en train de se dérouler sous nos yeux ». Il fait référence au Watergate, quand Richard Nixon avait tenté d’obtenir la tête du procureur Archibald Cox, provoquant la démission de deux subordonnés qui refusaient de s’exécuter.

Nixon avait finalement eu gain de cause mais il avait fini par démissionner six mois plus tard, sous la menace d’une destitution. Trump n’en est pas là. Mais le sénateur républicain Lindsey Graham a lancé un avertissement, dimanche : « Limoger Robert Mueller signerait la fin de la présidence de Donald Trump. »