Liban: Le Hezbollah bombe le torse

REPORTAGE Manifestation après l'assassinat d’Imad Moughnieh…

De notre correspondant au Liban, David Hury

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Dans la banlieue sud de Beyrouth, des haut-parleurs dans les rues diffusent des chants glorifiant la guerre sainte et le martyre, et faisant l'éloge d'Imad Moughnieh, considéré par les partisans du Hezbollah comme un "héros" de la résistance face à Israël.
Dans la banlieue sud de Beyrouth, des haut-parleurs dans les rues diffusent des chants glorifiant la guerre sainte et le martyre, et faisant l'éloge d'Imad Moughnieh, considéré par les partisans du Hezbollah comme un "héros" de la résistance face à Israël. — Ramzi Haidar AFP

Chose promise, chose due. Pour le 40e jour de la mort d’Imad Moughnieh, l’un de ses chefs militaires assassiné à Damas le 12 février dernier, le Hezbollah a fait une nouvelle fois l’étalage de sa puissance et de son organisation.

Point de ralliement du jour: le quartier de Haret el-Hreik, sévèrement bombardé lors de la guerre de juillet 2006. La mobilisation n’a pas atteint les sommets habituels, de nombreux habitants des quartiers sud de la capitale libanaise ayant choisi de suivre le discours de Hassan Nasrallah sur leur transistor, en voiture ou tranquillement installés devant les échoppes restées ouvertes. Il est 16 heures à Beyrouth, les festivités commencent par des tirs en rafale d’armes automatiques.

«Les meurtriers du “martyr” Moughnieh doivent être punis»


Comme à chaque rendez-vous médiatique, le Parti de Dieu n’a pas lésiné sur la mise en scène, et sur les mesures de sécurité. Les membres du service d’ordre du Hezbollah sont partout et filtrent les piétons avec minutie.

Le visage du secrétaire général apparaît sur les écrans. La foule exulte lors du vibrant hommage rendu à Imad Moughnieh, terroriste sanguinaire pour l’Occident, héros pour les autres. Ses portraits recouvrent les murs de la banlieue sud, et côtoient parfois – dans un paradoxe involontaire – les affiches de film comme celle de Rambo 4. «Les meurtriers du “martyr” Moughnieh doivent être punis, et le seront, clame Nasrallah. Et nous fixerons nous-mêmes l’heure et l’endroit pour cela.»

«La prochaine guerre israélienne ne sera pas un pique-nique»

Pour le chef du Hezbollah, l’identité des responsables de cette exécution ne fait aucun doute : «En cas d’affrontement, les Israéliens découvriront combien cet assassinat était stupide! La prochaine guerre israélienne ne sera pas un pique-nique, et je vous promets la victoire!»

Le secrétaire général du Hezbollah a continué en fustigeant les Etats-Unis, et en réitérant sa fidélité au message de l’ayatollah Khomeiny: «Nous suivrons toujours l’école de pensée de Khomeiny concernant le martyr. Nos ennemis ne peuvent pas nous battre, mais notre peuple a raison d’être inquiet en voyant les navires américano-sionistes près du Liban (une référence à l’arrivée de l’USS Cole fin février). Et j’en profite pour prévenir les Européens: ne suivez pas aveuglément l’Amérique, ne tombez pas dans ce piège!»

«Leaders divins»

Au cours de ce discours relativement court, Nasrallah a également tendu la main aux chrétiens du Liban, comparant Jésus et Mahomet à des «leaders divins». Les chrétiens fêtaient lundi le jour le plus sacré de l’année, Pâques, alors que les musulmans ont célébré vendredi dernier la fête du Maoulid, la naissance du prophète Mahomet.

Il est presque 18 heures, la nuit tombe en même temps que le rideau sur la commémoration du jour. Au pied d’un immeuble blanc abritant le Collège de la Finesse, hommes et femmes repartent chez eux, foulards jaunes autour du cou. A côté d’eux, un jeune homme d’à peine 20 ans vide son chargeur de Kalachnikov dans le ciel, pour fêter le dernier discours inflexible de son chef. En attendant le prochain.