Obstruction: L'enquête sur Donald Trump s'accélère, les théories du complot aussi

ETATS-UNIS Le président américain s'est dit «impatient» de témoigner devant le procureur, tandis que des élus conservateurs tentent de décrédibiliser le FBI...

Philippe Berry

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 	Photomontage du président américain, Donald Trump, face au procureur spécial chargé de l'enquête sur la Russie, Robert Mueller.
Photomontage du président américain, Donald Trump, face au procureur spécial chargé de l'enquête sur la Russie, Robert Mueller. — PHOTOS SIPA / MONTAGE 20 MINUTES

Est-on dans la dernière ligne droite ? Tout semble s’accélérer dans l’enquête du procureur Robert Mueller, chargé de faire toute la lumière sur une possible collusion entre la campagne de Donald Trump et la Russie, mais aussi de déterminer si le président américain s’est rendu coupable d’obstruction à la justice en limogeant le directeur du FBI James Comey.

Interrogé par des journalistes avant de partir pour Davos, mercredi soir, Donald Trump s’est dit « impatient » et prêt à « témoigner sous serment » face à Robert Mueller, alors que son ministre de la Justice, Jeff Sessions, a été entendu récemment. Mais en coulisses, des élus et des médias conservateurs tentent de discréditer le procureur, en surfant sur une théorie du complot autour d’une « société secrète » au sein du FBI, qui aurait juré de faire tomber le président américain.

Donald Trump prêt à témoigner sous serment

Cela semble désormais acquis, Donald Trump va devoir s’expliquer sur les circonstances qui l’ont amené à limoger le directeur du FBI James Comey. Reste à savoir sous quelle forme. Selon CNN, les avocats du président américains souhaiteraient négocier des réponses par écrit. Mais selon ABC News, Robert Mueller veut interroger Trump face to face.

Deux scénarios sont possibles : soit le président accepte de son plein gré, soit Mueller l’assigne à comparaître devant un grand jury. Il devrait alors témoigner sous serment, et s’exposerait à un risque de parjure en cas de mensonge – un scénario qui avait conduit à l’impeachment de Bill Clinton par la Chambre, mais le président américain n’avait pas été condamné par le Sénat. Mercredi, Donald Trump s’est dit « impatient » et « prêt à témoigner sous serment » mais il a toutefois précisé qu’il suivrait le conseil de ses avocats.

#TheMemo

Alors que Mueller se rapproche de Trump, certains républicains redoublent leurs attaques contre le procureur et le FBI pour tenter de les discréditer. Depuis une dizaine de jours, le hashtag #ReleaseTheMemo (« Publiez le rapport ») fait fureur sur Twitter. Il s’agit d’une référence à un dossier classifié compilé par l’équipe du parlementaire Devin Nunes – le même qui avait affirmé que le président américain avait été mis sur écoute.

« J’ai lu le mémo. Je n’ai pas encore digéré sa réalité écœurante. C’est pire que le Watergate », a tweeté l’élu républicain Steve King. Il y contiendrait, assure-t-il, des éléments prouvant que des officiels américains ont conspiré pour barrer la route à Trump, notamment en utilisant la cour secrète Fisa, qui permet d’ordonner une surveillance secrète d’un individu. Mais l’élu démocrate Adam Schiff dénonce un rapport « politisé contenant de nombreuses erreurs factuelles ».

L’autre cible des républicains est l’agent du FBI Peter Strzok, chargé de l’enquête sur les emails d’Hillary Clinton, qui a rejoint l’équipe de Robert Mueller avant d’être écarté quand des SMS révélant ses positions anti-Trump ont été publiés. La conversation entre Peter Strzok et sa maîtresse Lisa Page – également membre du FBI – intéresse une commission d’enquête du Congrès qui cherche à déterminer si l’enquête sur Donald Trump est bien impartiale.

SMS perdus et « société secrète »

Problème, 50.000 SMS échangés entre les deux agents ont disparu des serveurs du FBI. Donald Trump en personne a remis en doute l’explication officielle d’un bug qui aurait touché des smartphones Samsung. Mais selon Fox News, le bug a touché les smartphones de plusieurs milliers d’agents – et pas simplement ceux de Strzok et Page.

Clou de l’affaire, l’élu républicain Ron Johnson a affirmé qu’un des SMS retrouvés contenait les mots « société secrète ». Il n’en fallait pas plus pour convaincre des théoriciens du complot qu’il existe au sein du FBI un groupe d’agents du « deep state » (gouvernement de l’ombre) déterminés à faire tomber le président américain. Mercredi soir, Johnson a toutefois reconnu qu’il ne savait pas ce que ces mots signifiaient. Nous n’en sommes qu’au 25 janvier. L’année 2018 va être longue.