Le dalaï lama peut-il démissionner?

— 

Le dalaï lama a assuré mardi à Dharamsala (nord de l'Inde) qu'il n'avait pas de prise sur les violences qui ont sécoué le Tibet, menaçant de quitter sa charge de chef spirituel du bouddhisme tibétain si la situation se dégradait.
Le dalaï lama a assuré mardi à Dharamsala (nord de l'Inde) qu'il n'avait pas de prise sur les violences qui ont sécoué le Tibet, menaçant de quitter sa charge de chef spirituel du bouddhisme tibétain si la situation se dégradait. — Manan Vatsyayana AFP/Archives

Mercredi, l'annonce dans la presse d'une possible démission du dalaï lama créait la surprise. Celui-ci, affirmant ne pas avoir de prise sur la situation au Tibet, envisageait de quitter sa charge. Mais le leader religieux peut-il démissionner? Jampal Chosang, représentant du dalaï lama en France, revient sur les propos du dalai lama et décrypte l'organisation politique et religieuse

On évoque une éventuelle démission du dalaï lama. Mais pourrait-il vraiment démissionner?

Il y a eu une confusion dans ce qui a été compris du message du dalaï lama. Ce que Sa Sainteté a dit hier, c'est ce qu'il disait déjà il y a quinze ans, c'est-à-dire que si la majorité du peuple tibétain, au Tibet et en dehors du Tibet, voulait passer à la violence, alors il démissionnerait en tant que porte parole, sur le plan politique, du peuple tibétain. Mais il est hors de question qu'il démissionne en tant que guide spirituel.

Quel rôle politique a le dalaï lama?


Il est le chef politique suprême, bien qu'il ne soit pas élu. Nous avons aussi un parlement et un gouvernement, qui sont en exil. C'est un peu comme en Angleterre: il y a une reine qui est chef d'Etat et qui peut, par exemple, dissoudre le parlement. Le dalaï lama peut lui aussi faire cela. En contrepartie, le parlement peut décider de diminuer les pouvoirs du dalaï lama. C'est un système démocratique avec un équilibre des pouvoirs, qui repose sur notre constitution, rédigée dans les années 1960.

Ce parlement, justement, comment est-il élu?


Les élections ont lieu tous les cinq ans à peu près, partout en dehors du Tibet: en Inde, en France… Les prochaines auront lieu fin 2009-début 2010. Le parlement comporte une trentaine de membres élus par les Tibétains, à l'exception de quelques uns qui peuvent être nommés par le dalaï lama. Parallèlement, il y a le pouvoir exécutif, avec un «chef du cabinet», lui aussi élu par les Tibétains. Il nomme des ministres, dont la nomination est soumise au parlement. Il y a beaucoup de points communs avec le système français!

Certains mouvements tibétains appellent à une voie plus radicale que celle du dalaï lama, en demandant notamment l'indépendance du Tibet, alors que lui ne demande que l'autonomie. Est-ce une remise en cause de son statut?


Le système politique du Tibet est une démocratie. Les organisations et les individus qui ont d'autres positions que celles du dalaï lama ont le droit de les exprimer.

Pouvez-vous nous rappeler comment le dalaï lama est désigné?

Il y a de nombreux éléments qui permettent de déterminer cela. Il y a notamment, dans les écritures anciennes bouddhistes, des indices sur la personne qui sera dalaï lama, par exemple sur le type de village ou de famille dans lequel elle vit. Et puis il y a des signes pratiques. Ainsi, lorsque l'on a cherché qui était le successeur du 13e dalaï lama, des délégations sont parties à sa recherche. Elles ont trouvé un petit garçon de deux ans et demi. On lui a présenté un ensemble d'objets, comme des cloches ou des perles, dont certaines avaient été celles du dernier dalaï lama avant sa mort. Il y avait les vrais objets du dalaï lama et des faux. Du haut de ses deux ans et demi, il a immédiatement su montrer les vrais. De même que, parmi les gens de la délégation, il a su désigner et donner le nom du seul lama qui avait travaillé avec le dalaï lama.

On parle également beaucoup du panchen lama. Qui est-il?

Il s'agit de la deuxième personne la plus élevée dans la hiérarchie spirituelle, après le dalaï lama. Mais le panchen lama a été arrêté avec ses parents à l'âge de six ans par les autorités chinoises et a disparu depuis dix-huit ans. Aujourd'hui, personne dans le monde ne sait s'il est vivant, à l'exception des dirigeants chinois. Les autorités chinoises ont désigné un autre panchen lama, mais nous ne le reconnaissons pas.

Une femme peut-elle devenir dalaï lama?


Oui, bien sûr, pourquoi pas?