Ces Tibétains qui contestent le dalaï lama

POLITIQUE Alors que le dalaï lama affirme qu'il n'a pas prise sur la situation au Tibet, des mouvements tibétains radicaux prônent une ligne plus dure…

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Des milliers de Tibétains en exil en Inde ont protesté mercredi dans la capitale New Delhi au moment où la Chine lançait à Pékin le compte à rebours des jeux Olympiques, un an exactement avant leur ouverture.
Des milliers de Tibétains en exil en Inde ont protesté mercredi dans la capitale New Delhi au moment où la Chine lançait à Pékin le compte à rebours des jeux Olympiques, un an exactement avant leur ouverture. — Raveendran AFP

Basés à Dharamsala, comme le gouvernement tibétain en exil, ils représentent la ligne radicale de la cause tibétaine. Les leaders du Congrès de la jeunesse tibétaine (TYC) et plusieurs autres exilés ont rencontré ce mercredi à Dharamsala le dalaï lama. Leur objectif: faire le bilan, à un moment critique, de la «voie du milieu» prônée depuis des décennies par le leader spirituel.

Cette voie «médiane» du dalaï lama, c'est celle du compromis avec Pékin: la recherche du dialogue avec la Chine, la non-violence et la renoncement à la quête de l'indépendance du Tibet pour une simple autonomie. Des positions qui ne satisfont pas tous les Tibétains.

«Je pense qu'il y a une certaine incompatibilité entre la position du gouvernement du dalaï lama et la population de base au Tibet qui demande l'indépendance, notamment chez les nouvelles générations, estime Thupten Gyatso, président de la Communauté Tibétaine de France. En tous cas, la gravité de la situation mérite que le débat soit ouvert pour faire le bilan de la politique menée et, pourquoi pas, en changer.»

Risques d'embrasements

Changer de politique, serait-ce renoncer à la non-violence? Au Congrès de la jeunesse tibétaine, à Dharamsala, on se défend tout propos belliqueux et l'on souligne la solidarité des tibétains exilés. «La non-violence est une grande chose. Mais si la Chine n'entend pas la non-violence, cela forcera peut-être les Tibétains à recourir à d'autres méthodes. Il y a un vrai danger», explique Dhondup Lhadar Pochungtsang, secrétaire général du Congrès de la jeunesse tibétaine, joint par 20minutes.fr à Dharamsala.

Ces derniers jours, à Lhassa, certains témoignages ont fait part de lynchage par des Tibétains de chinois Han, laissés pour morts dans la capitale tibétaine. «Il est difficile de savoir ce qui s'est réellement passé, estime Dhondup Lhadar Pochungtsang. Je pense que les violences dont nous parlons étaient des actes isolés. Il est possible qu'un Chinois soit tué par un Tibétain, mais il faut rappeler que les Chinois ont tué des millions de Tibétains.»

La violence des affrontements et les foyers de protestation qui continuent à se déclarer, notamment dans les provinces chinoises à fort peuplement tibétain, peuvent laisser prévoir de nouveaux embrasements. Mercredi, un millier de Tibétains, à cheval ou à pied, ont envahi un village isolé du Gansu (nord-ouest de la Chine). Ils ont tenté de s'attaquer à un bâtiment officiel et hissé le drapeau tibétain dans l'école.

Les J.O boycottés

Dans la journée, le dalaï lama a réitéré son appel à la non-violence et répété qu'il ne demandait pas l'indépendance du Tibet. Des propos sur lesquels le Congrès de la jeunesse tibétaine s'inscrit en porte-à-faux. Mercredi, le secrétaire général de l'association a redit l'attachement du TYC à l'indépendance et a renouvelé son appel au boycott des J.O de Pékin, «qui ne mérite pas d'accueillir les jeux jusqu'à ce que le Tibet soit libre.» Une position «trop radicale», selon le dalaï lama.

La Chine aurait déployé d'importants effectifs militaires et paramilitaires dans ses provinces les plus occidentales pour mettre fin aux troubles liés aux manifestations de Tibétains, selon des témoins.

Ces mouvements de troupes semblaient particulièrement vastes dans la province du Sichuan (sud-ouest), qui borde le Tibet administré par la Chine et compte plusieurs districts peuplés de Tibétains.