Une mission démocratique

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Nicole Fontaine

Ancienne présidente du Parlement européen de 1999 à 2002.

Aujourd'hui, le Parlement européen célèbre son cinquantième anniversaire. Y a-t-il des raisons de se réjouir ?

Bien sûr. Le rôle du Parlement est peu connu du public car cette conquête s'est faite progressivement, mais, aujourd'hui, on peut objectivement considérer que le Parlement européen a atteint sa maturité politique. La première grande évolution a eu lieu en 1974 avec la mise en place de l'élection des parlementaires au suffrage universel direct. La deuxième étape s'est produite en 1992, avec la ratification du traité de Maastricht, qui a permis au Parlement de conquérir un pouvoir de codécision avec le Conseil européen. Depuis, les pouvoirs du Parlement n'ont fait que croître, jusqu'au traité de Lisbonne [ratifié par la France en février] qui en fait le colégislateur dans tous les domaines.

Tout le monde n'était pas en faveur de cette évolution...

Les résistances étaient fortes, au sein de la Commission, du Conseil et des Parlements nationaux, mais, c'était une évolution irrésistible. Trop de questions sont liées à l'Europe : le réchauffement climatique, les communications, le terrorisme, etc. Il est normal que le Parlement agisse sur ces questions. Car c'est l'organe européen le plus démocratique.

Malgré son rôle central, le Parlement mobilise peu lors des élections. Comment est-ce que vous l'expliquez ?

L'Europe n'est pas encore entrée dans le quotidien des gens. Aujourd'hui, les Français sont préoccupés par le pouvoir d'achat ou le logement, des domaines sur lesquels l'UE ne peut proposer de solutions immédiates. Ce que l'Europe a accompli est un peu derrière nous : la paix et la démocratie notamment. Or, on ne vote pas sur des acquis mais sur des espoirs. Et, dans ce domaine, la visibilité de l'UE est trop faible.

Le traité de Lisbonne pourrait-il donner une nouvelle dynamique à l'UE ?

A mon sens, le traité était nécessaire pour remettre en marche les institutions mais pas suffisant pour redynamiser l'Europe. Mais, s'il nous permet d'être plus efficaces, par exemple en termes de politique énergétique et de lutte contre le réchauffement, de défense, peut-être cela peut-il réveiller les énergies.

Recueilli par Armelle Le Goff