Berlin prêt à modifier une loi controversée sur les réseaux sociaux

INTERNET Le détracteurs de la loi, à gauche comme à droite, dénoncent un texte liberticide qui aboutit à restreindre la liberté d’expression et à confier aux géants de l’Internet le rôle de censeur...

20 Minutes avec AFP

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Illustration des réseaux sociaux
Illustration des réseaux sociaux — TeroVesalainen/Pixabay

Outre-Rhin, le ministre de la Justice a fait la douloureuse expérience de « l’arroseur arrosé ». Berlin a ouvert la porte ce lundi à une modification d’une nouvelle loi très controversée visant à faire la police sur les réseaux sociaux et dont l’initiateur, Heiko Maas, a lui-même été victime.

« Une évaluation très précise de cette nouvelle loi va bien sûr intervenir pour voir les expériences qu’on a faites et ensuite des conclusions en seront tirées », a indiqué le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, lors d’un point de presse régulier. « La liberté d’opinion est ancrée dans la Constitution en  Allemagne et constitue un bien extrêmement précieux aux yeux du gouvernement », a-t-il ajouté.

Les plateformes vent debout contre la nouvelle loi

Berlin se retrouve sur la défensive avec ce texte, l’un des plus stricts en Europe sur le sujet : il oblige les plateformes d’échange telles que Twitter, Facebook ou YouTube à supprimer les messages au contenu incitant à la haine, passibles de poursuites pour diffamation ou véhiculant de fausses informations.

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Elles doivent le faire dans un délai de 24 heures après avoir été alertées par des utilisateurs, sous peine d’amendes pouvant aller jusqu’à 50 millions d’euros.

Les plateformes ont vigoureusement protesté l’an dernier contre cette initiative, prise notamment après une accumulation de commentaires haineux sur Internet en Allemagne consécutive à l’arrivée de plus d’un million de migrants en 2015 et 2016. Berlin s’est lassé de voir que les plateformes ne réagissaient pas suffisamment.

Un texte jugé liberticide par ses détracteurs

Mais les détracteurs de la loi, à gauche comme à droite, dénoncent un texte liberticide qui aboutit à restreindre la liberté d’expression et à confier aux géants de l’internet le rôle de censeur. « Les fournisseurs de services Internet ne devraient pas se voir confier la tâche du gouvernement de décider ce qui est licite et ce qui ne l’est pas », a estimé récemment l’association Alliance for Freedom of Opinion.

La controverse a été relancée au cours du week-end lorsque l’initiateur de la législation, le ministre allemand de la Justice Heiko Maas, a vu l’un de ses tweets, dans lequel il traitait un essayiste de « crétin », supprimé en vertu du texte. « Heiko Maas victime de sa propre législation », a commenté lundi le quotidien Bild.

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Effet boomerang

Le tweet en question remontait à 2010, à une époque où il n’était pas encore ministre. Heiko Maas s’en était pris à un essayiste à succès néo-conservateur en Allemagne, Thilo Sarrazin, en le traitant de « crétin ». Le message a été supprimé au cours du week-end, suite à des plaintes envoyées par des particuliers. « Il y a des choses que je ne twitterai plus aujourd’hui », a réagi lundi le ministre en faisant amende honorable.

Ancien membre du parti social-démocrate allemand - comme le ministre de la Justice lui-même - Thilo Sarrazin défend depuis plusieurs années des thèses proches de l’extrême droite en estimant que l’immigration musulmane représente un danger pour la survie de l’Occident.

Une « législation ratée » selon l’opposition

Pour l’opposition en Allemagne, le gouvernement doit maintenant changer la loi. « La législation est ratée et doit être remplacée par une autre », a critiqué une dirigeante du parti libéral, Nicola Beer. « Cette loi piétine tous les fondements de l’Etat de droit », lui a fait un écho une responsable de la gauche radicale Sahra Wagenknecht.

L’extrême droite mène aussi campagne contre le texte, qui lui a déjà valu le retrait d’un tweet d’une de ses responsables qualifiant les demandeurs d’asile musulmans dans le pays de « hordes de violeurs ». L’AfD parle depuis de « loi de censure ». Bild, journal le plus lu du pays, demande également lundi au ministre : « Voulez-vous vraiment une police de la pensée, Heiko Maas ? »