Présidentielle en Russie: Que peut changer le rejet de la candidature d'Alexeï Navalny, principal opposant de Vladimir Poutine?

RUSSIE Lundi 25 décembre, la Commission électorale en Russie a rejeté la candidature d'Alexeï Navalny dans la course à l'élection présidentielle...

H.S. avec AFP

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Alexeï Navalny accompagné de ses soutiens lors d'une manifestation à Moscou le 24 décembre 2017.
Alexeï Navalny accompagné de ses soutiens lors d'une manifestation à Moscou le 24 décembre 2017. — DMITRY SEREBRYAKOV / AFP
  • L'élection présidentielle doit se tenir en mars 2018 en Russie.
  • Vladimir Poutine brigue son quatrième mandat.
  • Alexeï Navalny a appelé au «boycott» du scrutin. 

Dans moins de trois mois, les électeurs russes seront appelés aux urnes afin de désigner leur prochain président. Vladimir Poutine, qui veut conserver le pouvoir, brigue un quatrième mandat, tandis que, ce lundi, son principal opposant Alexeï Navalny a vu sa candidature rejetée par la Commission électorale chargée de valider les prétendants à la présidence. Quelles conséquences cette décision peut-elle avoir ? 20 Minutes fait le point.

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Une décision attendue

« Dans un premier temps, il est important de préciser que cette décision est une simple constatation d’un état de fait. Navalny avait été déclaré inéligible. La Commission électorale a pris en compte officiellement ce jugement », rappelle Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste des questions russes.

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Le rejet de sa candidature est loin de constituer une surprise, l’instance chargée de sa validation avait en effet averti à plusieurs reprises que l’opposant ne pourrait se présenter avant 2028 en raison de sa condamnation en février à cinq ans de prison avec sursis pour détournement de fonds, rappelle l’Agence France Presse (AFP).

Une légitimité affaiblie ?

« Dire qu’Alexeï Navalny est le plus sérieux des opposants de Poutine c’est une réalité, c’est juste. Mais même s’il pouvait se présenter et même s’il est difficile de prédire un quelconque score, Vladimir Poutine reste crédité d’un taux de popularité frôlant les 80 % en Russie », relativise Jean de Gliniasty. En réaction au rejet de sa candidature, Alexeï Navalny a appelé lundi 25 décembre au boycott du prochain scrutin.

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« Nous annonçons une grève du vote. Nous appellerons tout le monde à boycotter ces élections. Nous ne reconnaissons pas les résultats de ces élections », a annoncé le juriste âgé de 41 ans à la presse. « La procédure à laquelle nous sommes invités à prendre part n’est pas une élection. Seul Poutine et les candidats qu’il a personnellement choisis, ceux qui ne représentent pas la moindre menace, y prennent part », a-t-il expliqué dans une vidéo destinée à ses partisans et diffusée sur son site internet.

Si le Kremlin a défendu ce jour la « légitimité » de la présidentielle et a ajouté qu’il « examinera les appels au boycott (…) pour déterminer s’ils sont conformes ou non à la loi », l’Union Européenne a jugé, par la voix d’une porte-parole des services extérieurs, que le rejet de la candidature de Navalny jetait « un sérieux doute sur le pluralisme politique en Russie ».

Le spectre de l’abstention

« Ce qui va légitimer cette élection, c’est le taux de participation. Si les Russes ne se déplacent pas pour élire Poutine, évidemment là, ce sera un test important pour le pouvoir. De fait, en appelant au boycott, Navalny chercher à remettre en cause cette légitimité », analyse Jean de Gliniasty. « Le risque d’une participation faible est réel. Ce n’est pas lié à Navalny, mais à la perte d’intérêt dans les élections au vu d’un résultat connu à l’avance », explique à l’AFP la politologue Ekaterina Schulmann, de l’université Ranepa.

Vu la popularité du président au pouvoir depuis dix-huit ans et l’absence de son principal opposant qui a réuni des milliers de jeunes dans la rue ces derniers mois, certains observateurs envisagent une abstention élevée qui affaiblirait la légitimité du résultat.