Les émeutes au Tibet, un mauvais coup pour Pékin

Avec agences

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De nombreuses boutiques ont brûlé vendredi dans le coeur historique de la capitale du Tibet pendant des manifestations organisées par des moines bouddhistes, célébrant depuis le début de la semaine le 49e anniversaire du soulèvement de Lhassa qui avait abouti à l'exil du dalaï lama.
De nombreuses boutiques ont brûlé vendredi dans le coeur historique de la capitale du Tibet pendant des manifestations organisées par des moines bouddhistes, célébrant depuis le début de la semaine le 49e anniversaire du soulèvement de Lhassa qui avait abouti à l'exil du dalaï lama. — mark ralston AFP

Les émeutes antichinoises de vendredi à Lhassa qui ont fait au moins 10 morts arrivent au plus mauvais moment pour Pékin et laissent planer le risque d'un éventuel boycott des jeux Olympiques, analysent les éditorialistes de la presse mondiale.

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C'est «le scénario cauchemar pour le gouvernement chinois», estime le quotidien néerlandais «De Volkskrant». La Chine est «devant un dilemme»: elle «s'est jurée de ne jamais céder aux revendications d'un statut plus indépendant du Tibet», mais question image, «les effusions de sang dans les rues de Lhassa pourraient mener à des appels à boycotter les jeux».

Le quotidien chrétien néerlandais «Trouw», qui titre «Les jeux tibétains», souligne d'ailleurs la tactique des Tibétains qui «usent avec intelligence de l'attention portée sur les jeux».

Même constat dans la presse italienne: «Maintenant ou jamais: c'est le sentiment qui a poussé beaucoup de Tibétains à descendre dans la rue», analyse «La Repubblica».

«Il y a l'espoir qu'avec les yeux du monde entier tournés vers Pékin, (le chef de l'Etat chinois) Hu Jintao ait quelques hésitations avant d'ordonner une nouvelle boucherie», ajoute le journal. «La Chine est à un carrefour dangereux et le monde entier a le regard braqué sur elle», renchérit Il Corriere della Sera.

La communauté internationale devrait d'ailleurs réagir plus vivement, selon le journal espagnol libéral «El Mundo», qui critique dans un éditorial la «tiédeur» des protestations américaines et européennes. «L'Occident ne peut continuer à regarder ailleurs, ni accepter sportivement un Etat qui ne respecte aucune des règles du jeu», poursuit «El Mundo».

Mais le quotidien suisse «La Tribune de Genève» s'interroge: «Combien pèsera, en effet, la bonne conscience occidentale face à l'impérieuse nécessité de se préserver un accès au mirifique marché chinois?».

«The Washington Post» appelle pourtant la communauté internationale à faire pression sur la Chine pour qu'elle «respecte sa constitution, qui exige la liberté de parole et de religion». «Après tout, c'est l'absence de respect de ces droits en pratique qui pousse des Tibétains pleins de ressentiment à des actions extrêmes», estime le journal américain.

Le quotidien français «Le Figaro» note d'ailleurs l'échec de la stratégie de la Chine: «Depuis une décennie, Pékin investit des dizaines de milliards de dollars au Tibet, dans l'espoir de transformer les habitants en capitalistes qui oublieront leurs revendications nationales. Sans succès, à l'évidence.»

La presse britannique rappelle que la répression de telles contestations n'est pas une nouveauté pour le pays. Dans un éditorial intitulé «Tien An Men revisité», «The Daily Telegraph» signale que la réponse brutale de la Chine «a toujours été typique de la scandaleuse éradication d'une culture ancestrale par Pékin».

Mais «si la Chine s'approche de la brutalité de la junte birmane, cela entraînerait un écoeurement tellement important que cela pourrait détruire l'esprit des Jeux», souligne le quotidien «The Times».

Le journal allemand «Die Welt» entrevoit déjà ce que pourraient être les conséquences de ces événements: «Après les images de Lhassa, un mot circule dans certaines capitales qui fait trembler l'élite politique chinoise: le boycott des Jeux Olympiques». Un boycott qui serait du fait même de Pékin, comme le souligne le «Süddeutsche Zeitung» en titrant «la police chinoise étouffe la flamme olympique». «Ces Jeux d'été à Pékin ont perdu leur innocence à Lhassa avant même d'avoir commencé», estime le quotidien.