Catalogne: Des électeurs toujours aussi déboussolés après la victoire des indépendantistes

ESPAGNE En Catalogne, l’affrontement entre pro et anti séparatistes n’est pas prêt de se terminer…

Laetitia Dive

— 

Une bureau de vote à Barcelone le 21 décembre 2017.
Une bureau de vote à Barcelone le 21 décembre 2017. — Laetitia Dive/20 Minutes

De notre envoyée spéciale à Barcelone,

Maria dit avoir très mal dormi. Cette septuagénaire encartée au Parti Populaire (PP) a veillé jusqu’à tard pour regarder les résultats des élections régionales de Catalogne. En ce lendemain de scrutin, elle résume la situation ainsi : « Ils ont peut-être gagné, moi tout ce que je vois c’est que le mensonge catalan va se poursuivre ».

>> Suivez en direct les réactions après la victoire des indépendantistes

Ce jeudi, la liste de son mouvement a essuyé une défaite sévère : récoltant seulement 4 % des suffrages, le PP n’obtient que trois sièges au Parlement catalan. Pour Mariano Rajoy qui avait convoqué ces élections, c’est un gros pari de perdu.

« Madrid refuse encore de nous écouter »

Du coup, côté indépendantiste on se réjouit franchement. Marc se dit « très satisfait que la majorité indépendantiste demeure » mais il retient surtout « la grosse défaite du PP » : « C’est le parti qui est à la tête de l’Espagne donc on aurait pu penser qu’il fasse mieux. Le fait qu’il arrive en dernière position dans une région qui représente 20 % du PIB, ça montre que cela fonctionne mal ».

Lui soutient corps et âmes le leader indépendantiste Carles Puigdemont. Et il se désole de voir que malgré le succès rencontré par son mouvement dans les urnes – Junts per Catalunya obtient 34 sièges-, Mariano Rajoy refuse toujours le dialogue : « Carles Puigdemont a dit sans animosité vouloir discuter avec le gouvernement espagnol dès le lendemain des élections. Et la réponse de Rajoy c’est toujours non : cela prouve que Madrid refuse encore de nous écouter ».

>> Lire l'interview d'un professeur d'histoire: «C'est une victoire des indépendantistes mais sans indépendance»

Le leader indépendantiste a en effet tendu la main au chef du gouvernement espagnol à condition qu’ils se rencontrent hors de l’Espagne où il est poursuivi. Mais Mariano n’a pas répondu favorablement à cette proposition : « La personne avec laquelle je devrais m’asseoir, c’est celle qui a remporté les élections, Madame Arrimadas », s’est-il contenté de répondre.

Victoire en demi-teinte pour Ciudadanos

Car la liste menée par la candidate de Ciudadanos est arrivée en tête, remportant 37 sièges au Parlement. Après avoir « fêté sans excès » cette victoire jeudi soir, Javier se dit un peu préoccupé : « On a gagné en nombre de voix mais les partis indépendantistes remportent à eux trois 70 sièges ! Il y a du pain sur la planche mais je pense que Ciudadanos va tout faire pour que les voix de ses nombreux électeurs soient audibles ».

Et de poursuivre : « Ce dont je suis sûr c’est que ce « problème » [le séparatisme] va encore durer très, très longtemps. Ici, ils sont dans toutes les administrations, on a un Etat clientéliste depuis des années et ça va être compliqué de changer ça ».

Surtout que chez les indépendantistes, on semble vouloir convoler à nouveau : après une campagne qui a montré les désaccords existants entre le mouvement de Carles Puigdemont et celui de son vice-président Oriol Junqueras (ERC), les partisans des deux camps espèrent recoller les morceaux : « Il y aura forcément des négociations mais chez nous, beaucoup pensent que c’est une bonne idée et je le crois aussi, explique Eduard, militant à l’ERC. Il y a beaucoup de complicité entre nous parce qu’on a gouverné ensemble pendant trois ans déjà. On est prêts à recommencer. »