Elections en Catalogne: «C'est une victoire des indépendantistes mais sans indépendance»

ESPAGNE Les indépendantistes ont obtenu 70 sièges sur 135 lors du scrutin régional organisé jeudi 21 décembre…

H.S.

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Autre grand vainqueur du scrutin, le parti constitutionnaliste Ciudadanos.
Autre grand vainqueur du scrutin, le parti constitutionnaliste Ciudadanos. — PAU BARRENA / AFP
  • Le camp indépendantiste a obtenu moins de voix que les partis défendant l’unité de l’Espagne.
  • Ils ont en revanche obtenu plus de sièges au parlement catalan grâce au système de pondération des voix.

C’est un défi immense que va désormais devoir relever le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy. Jeudi, après des mois de crise politique et institutionnelle, les électeurs Catalans se sont rendus une nouvelle fois aux urnes pour élire leurs représentants régionaux. Un scrutin décisif qui a fortement mobilisé, le taux de participation s’élevant à 82 %, un record historique. Les résultats communiqués jeudi soir et confirmés ce vendredi matin posent toutefois de nombreuses questions. 20 Minutes fait le point.

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  • Qui sont les vainqueurs de cette élection ?

« Le camp indépendantiste a gagné, c’est clair, puisqu’ils ont obtenu la majorité des sièges », tranche Stéphane Michonneau, professeur en histoire contemporaine à l’université Lille et membre de l’EHESS Espagne. Au total, les différentes formations en faveur de l’indépendance ont récolté 47,6 % des voix et envoient 70 élus sur 135 au parlement régional. Pourtant, ce sont les partis prônant l’unité de l’Espagne qui cumulent le plus grand nombre de voix avec 52 % des suffrages. Mais le système de pondération des voix a permis aux indépendantistes d’obtenir un plus grand nombre d’élus.

« Mais c’est aussi d’une certaine façon la victoire de la droite. Les partis de gauche comme ERC (Esquerra Republicana de Catalunya) ou le parti socialiste catalan ont obtenu de plus faibles scores. Les deux partis qui arrivent en tête sont des partis de droite. Sans oublier Ciudadanos, également grand gagnant de l’élection », poursuit Stéphane Michonneau. Créé en 2006, ce parti libéral opposé au nationalisme catalan a su convaincre 25 % des votants et obtient ainsi 37 des 135 députés. « C’est la première fois qu’un parti 'non catalaniste' arrive en tête depuis 1980 », souligne le professeur d’Histoire contemporaine.

  • Les indépendantistes vont-ils vraiment pouvoir gouverner ?

C’est la principale interrogation qui agite la presse espagnole au lendemain du scrutin. La tenue du référendum, contre l’avis de Madrid et l’activation de l’article 155 de la Constitution espagnole mettant sous tutelle la région a eu des conséquences désastreuses pour les dirigeants indépendantistes. Au total, parmi les nouveaux députés indépendantistes, trois sont en prison et cinq en exil. Tous sont poursuivis pour « rébellion et sédition ». Parmi eux, Carles Puigdemont, ancien président du gouvernement catalan destitué par le gouvernement Rajoy et réfugié à Bruxelles.

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« Le processus judiciaire va probablement se poursuivre. Il y a de fortes chances pour que Puigdemont rentre en Espagne. S’il est interpellé à son arrivée en revanche, cela risque de mal se passer », anticipe Stéphane Michonneau. Impossible en effet pour lui d’exercer ses fonctions depuis sa cellule ou de gouverner la région s’il était élu président.

  • Quelles seront les prochaines étapes ?

« Les vainqueurs ont trois mois désormais pour former un gouvernement ou élire un président », précise l’enseignant à l’université de Lille. Faut-il encore que les grandes formations indépendantistes - Esquerra Republicana de Catalunya (ERC, gauche républicaine) d' Oriol Junqueras et Ensemble pour la Catalogne (JxCat) de Puigdemont - s’entendent. Or les rapports entre les deux dirigeants sont loin d’être évidents.

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« Le camp est loin d’être uni et ils vont peut-être devoir revoir leurs ambitions. Un journal espagnol évoque une 'victoire des indépendantistes mais sans indépendance'. Cette formule résume bien la situation. En revanche, même s’ils ne s’apprécient pas, il y a de fortes chances pour qu’ils s’entendent sur le nom du futur président, à savoir Puidgemont », nuance Stéphane Michonneau.

Lors d’une conférence de presse ce vendredi à 12h à Bruxelles, l’ex-Président du parlement catalan a proposé au chef du gouvernement Mariano Rajoy une rencontre hors d’Espagne.

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