Etats-Unis: Le cardinal Bernard Law, éclaboussé par un scandale pédophile, est mort

EGLISE « J’espère que les portes de l’enfer vont s’ouvrir grand pour l’accueillir », a indiqué Alexa MacPherson, une victime citée par le Boston Globe...

20 Minutes avec AFP
— 
Le cardinal Bernard Law
Le cardinal Bernard Law — Andrew Medichini/AP/SIPA

L’ancien-archevêque de Boston, Bernard Law, devenu symbole du silence de l’Eglise face aux prêtres pédophiles, est décédé ce mercredi à 86 ans. Le prélat est mort des suites d’une « longue maladie », a annoncé ce mercredi le Vatican, qui l’avait accueilli après sa démission de l’archevêché de Boston fin 2002.

Son décès a suscité des réactions amères chez plusieurs de ses victimes.

Des abus sexuels systématiquement couverts

Bernard Law avait reconnu quelques mois auparavant avoir notamment protégé le prêtre Paul Shaney en dépit de nombreuses preuves d’attouchements sexuels sur des enfants. Il a aussi été accusé d’avoir couvert un autre prêtre, John Geoghan, condamné à 10 ans de prison pour s’être livré à des attouchements sur un garçon de dix ans.

Une enquête de journalistes du Boston Globe, couronnée du prix Pulitzer puis rendue célèbre par le film Spotlight (2015), avait révélé comment la hiérarchie catholique de Boston, Bernard Law en tête, avait systématiquement couvert des abus sexuels commis par quelque 90 prêtres de Boston et ses environs, pendant des décennies.

Une grande association de victimes d’abus commis par des prêtres, « The Survivors Network of Those Abused by Priests », a réagi avec amertume, soulignant la double « trahison » du Vatican qui l’avait accueilli à Rome.

« Il n’y a pas de mots qui traduisent la douleur que les survivants et leurs proches ont endurée », a déclaré Joelle Casteix, responsable régionale de l’association. « Nous ne pouvons qu’espérer que le Vatican aura ces survivants à l’esprit lorsque viendra l’heure de ses funérailles ».

« J’espère que les portes de l’enfer vont s’ouvrir grand pour l’accueillir », a aussi indiqué Alexa MacPherson, une victime citée par le Boston Globe. « Il voulait simplement tout cacher et protéger l’image de l’Eglise ».

Excuses de son successeur

Mais le successeur du cardinal Law à la tête du diocèse de Boston, Sean Patrick O’Malley, a reconnu que sa mort remuait « un large éventail d’émotions » et offert aux victimes « mes excuses sincères pour le mal causé, mes prières ininterrompues et ma promesse que l’archevêché les soutiendra dans leurs efforts pour parvenir à la guérison », dans un communiqué.

« Depuis mon arrivée à l’archevêché de Boston, mon objectif premier a été de travailler pour la guérison et la réconciliation des rescapés, de leur famille et de la communauté plus large de catholiques pour qui ces abus ont été une expérience dévastatrice et une immense épreuve pour leur foi », a-t-il ajouté.

Le cardinal O’Malley avait rencontré des victimes de prêtres pédophiles dès sa nomination, le 1er juillet 2003, et vendu la résidence de l’archevêque pour financer leur indemnisation. Il dirige aussi depuis 2014 la « Commission pontificale pour la protection des mineurs », censée faire des propositions sur la prévention, même si cette instance consultative du pape a été vivement critiquée.

Le diocèse de Boston, l’un des plus importants des Etats-Unis, compte plus de deux millions de catholiques. Les abus sexuels ont fait en 60 ans plus de 1.000 victimes parmi des enfants de la part de 237 prêtres, selon un rapport du ministère de la Justice de l’Etat du Massachusetts.