Espagne: La crise catalane va-t-elle pourrir les fêtes de fin d’année en famille?

POLITIQUE Les Catalans sont appelés aux urnes jeudi afin d’élire un nouveau parlement régional. l'extrême tension de la situation divise de nombreuses familles...

Laetitia Dive

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Des familles font leurs courses de Noël à Séville.

Des familles font leurs courses de Noël à Séville. — Laetitia Dive

  • Les Catalans sont appelés jeudi aux urnes afin d’élire un nouveau parlement régional.
  • Le scrutin intervient presque trois mois après le référendum sur l’indépendance organisé par l’ancien gouvernement indépendantiste et contesté par Madrid.

De notre envoyée spéciale à Barcelone (Espagne),

Dans toute l’Espagne, des milliers de Catalans expatriés s’apprêtent à retourner dans leur région natale pour les fêtes. Mais avant d’échanger des cadeaux et de trinquer à la nouvelle année, un événement prépondérant pour eux va se tenir ce jeudi : les Catalans sont appelés aux urnes afin d’élire un nouveau parlement régional presque trois mois après le référendum sur l'indépendance organisé par l’ancien gouvernement et contesté par Madrid.

« On a déjà tout dit, on sait ce que chacun pense »

Née à Barcelone, Anabel Abril ne pourra pas participer à ce vote : « Je suis domiciliée à Madrid où je vis depuis treize ans ». Journaliste pour la télévision publique espagnole, elle pense que l’indépendance « n’est pas une baguette magique qui solutionnera tout » et estime qu’être à Madrid l’aide à observer les événements en Catalogne « avec plus de distance » que ses proches restés là-bas. Pour Noël, elle va se rendre à Barcelone où elle essaiera de ne pas en parler avec sa famille : « On a déjà tout dit, on sait ce que chacun pense ».

Supprimé de Facebook par sa famille

Carlos Vidaller, lui, est un peu plus angoissé à l’idée de célébrer les fêtes en famille. Cet étudiant de 25 ans est arrivé dans la capitale espagnole en septembre et n’a jamais caché son opposition à l’indépendance de la Catalogne, ce qui lui a valu des « repas houleux » : « Une partie de ma famille est super-indépendantiste. J’ai des cousines qui ont été jusqu’à me supprimer de Facebook ! Pour certains, si tu n’es pas pour l’indépendance, tu n’es pas Catalan. »

Ces derniers mois, il a donc identifié les personnes avec qui il pouvait – ou non- discuter du sujet : « Avec mes amis les plus proches je n’ai aucun problème, beaucoup pensent comme moi. Avec ma famille radicale en revanche, je vais tout faire pour éviter le sujet car j’ai peur que ça termine vraiment mal ».

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« Ça peut être lourd »

Ana, elle, se retrouve souvent dans des débats enflammés contre son gré. Née à Séville, cette trentenaire a une partie de sa famille d’origine catalane. « Eux sont mesurés. Ils défendent leur différence culturelle sans aller jusqu’à dire "On veut une république". C’est avec mon copain que c’est plus compliqué. Lui aussi vit à Barcelone et il est totalement indépendantiste. Le jour du référendum il a fait la queue pendant cinq heures pour voter ! »

Si elle « trouve très bien qu’il défende ses idées », Ana se dit fatiguée de ses tentatives pour la convaincre : « Parfois il me montre un article sur son téléphone et me dit "Tu vois comment l’Espagne nous maltraite ?". Ça peut être lourd ». Ces derniers mois elle a donc opté pour la méthode douce afin que son couple n’en pâtisse pas : « Je lui dis gentiment que je ne suis pas d’accord avec lui mais que je n’ai pas envie de me disputer ».

Car le sujet peut déboucher sur des désaccords irréconciliables comme le confirme Martha Strohecker, une Catalane exilée à Séville depuis 37 ans. Elle-même connaît « plusieurs familles qui se sont déchirées ». Du coup, elle aussi a fait le choix de ne plus se mêler aux débats politiques familiaux. « Pour le référendum, je sais plus ou moins qui a voté quoi car je les connais. Mais je n’en ai pas parlé avec eux, je ne veux aucun conflit ». Plus qu’un sujet de dispute, la crise catalane est finalement devenue un tabou.