Relents de guerre froide à Beyrouth

LIBAN Syriens, Iraniens, Israéliens, Saoudiens, Européens et bien sûr Américains se croisent en ce moment dans la capitale...

De notre correspondant au Liban, David Hury

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Les Etats-Unis ont décidé de déployer le bâtiment de guerre USS Cole au large du Liban en raison d'inquiétudes pour la situation dans ce pays, et le navire se trouve déjà en Méditerranée orientale, ont indiqué jeudi des responsables.
Les Etats-Unis ont décidé de déployer le bâtiment de guerre USS Cole au large du Liban en raison d'inquiétudes pour la situation dans ce pays, et le navire se trouve déjà en Méditerranée orientale, ont indiqué jeudi des responsables. — Christopher l. Clark AFP/US Navy/Archives

«Le Liban ne fait plus les gros titres de l’actualité parce qu’il n’y a pas eu de bombes depuis janvier, ironise un cadre de l’ambassade de France à Beyrouth. Mais c’est fou ce que l’on croise comme services étrangers en ce moment!» En effet, les coulisses de la crise libanaise opposent toutes les composantes régionales et internationales. Avec, en début de semaine, le retour de la Russie, comme aux plus belles heures de la guerre froide.

Rappel des faits: depuis novembre 2006, la vie politique libanaise est totalement paralysée entre la majorité parlementaire et l’opposition menée par le Hezbollah. Conséquence principale de ce blocage: le gouvernement de Fouad Siniora ne fait que gérer les affaires courantes, et le Liban n’a plus de président de la République depuis près de 4 mois. Lundi, l’élection présidentielle a d’ailleurs été reportée – une 16e fois ! –, au 25 mars prochain.

Présence militaire américaine

Aujourd’hui, l’échiquier libanais réunit donc de nombreux acteurs: Syriens, Iraniens, Israéliens, Saoudiens, Européens et bien sûr Américains. Après l’assassinat d’Imad Moughnieh à Damas le 12 février, la tension est nettement montée entre le Hezbollah et Israël. Sans conséquence pour l’instant, mais Washington a pris les choses au sérieux et a envoyé plusieurs bâtiments croiser au large des eaux territoriales libanaises, dont le destroyer USS Cole. Une pression «intolérable» pour l’opposition libanaise chapeautée par le Hezbollah. Du côté de la majorité parlementaire pro-occidentale, les ténors se félicitent de cette présence militaire américaine censée calmer le jeu.

Jusqu’à présent en retrait, la diplomatie russe – ancienne alliée du régime syrien dans le collimateur américain – vient donc de redonner de la voix. Lundi, son représentant au conseil de sécurité de l’ONU a déploré le renforcement militaire américain à l’est de la Méditerranée. Selon Vitali Tchourkine, ce déploiement «ne contribue pas à assainir la situation au Liban». Une manière policée de dire «niet» à la politique américaine. Damas ne peut que se féliciter de ce retour aux affaires. Aujourd’hui, la Syrie souhaite retrouver son statut d’acteur majeur au Moyen-Orient, par exemple sur le front irakien en étant un facteur stabilisateur aux yeux des Américains, et au Liban que son armée a dû évacuer, contrainte et forcée, au printemps 2005.

Affrontements des puissances étrangères

Pour l’instant, les diplomaties occidentales se focalisent sur la mise en place du tribunal international chargé de juger les responsables présumés de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Ce tribunal, la Syrie n’en veut pas et joue sur plusieurs tableaux pour gagner du temps. Parallèlement, celle-ci poursuit son bras de fer avec l’Arabie saoudite, alliée de Washington et de la majorité au pouvoir à Beyrouth. Le 20e Sommet arabe, organisé dans la capitale syrienne les 29 et 30 mars, s’annonce décisif dans la lutte d’influence que se livrent Riyad et Damas, avec des répercussions directes sur le Liban.

De leur côté, les Libanais s’apprêtent à fêter vendredi le 3e anniversaire de la «Révolution du Cèdre» et regardent les puissances étrangères s’afférer autour d’un grand malade: leur petit pays, dont la température interne monte dangereusement et qui ne sait plus vraiment si tous ces docteurs cherchent réellement son bien-être.