Utopies: Survivalistes ou anticapitalistes, qui sont les fondateurs de communautés autogérées?

TOUR DU MONDE Plusieurs projets de communautés autogérées ont vu le jour à travers le monde ces dernières années...

L.C.

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Certains rêvent de concrétiser leur utopie.
Certains rêvent de concrétiser leur utopie. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • Qu'il s'agisse de rejeter le capitalisme ou de se préparer à survivre à des catastrophes naturelles, des hommes et des femmes choisissent de créer leur propre société.
  • Ces projets locaux peinent en général à atteindre l'autosuffisance alimentaire.

Créer une petite société autogérée, en marge des sociétés capitalistes, est un rêve qui ne date pas d’hier. D’Auroville aux phalanstères, les utopistes continuent de faire des émules. A des milliers de kilomètres de sa Belgique natale, Philippe Bekaert, 30 ans, a fondé « Mondo Nuevo » dans les montagnes du nord de la Colombie. Cette communauté de 25 personnes vise l’autosuffisance, nous explique la RTBF qui lui a consacré un reportage publié jeudi.

20 Minutes vous propose un tour du monde non exhaustif des communautés autogérées utopistes qui ont en commun une échelle ultra-locale et des difficultés à atteindre l’autosuffisance alimentaire.

  • « Mondo Nuevo » en Colombie

A « Mondo Nuevo », on trouve une ferme biologique et une auberge là où il y a quelques décennies les paramilitaires et les guerrilleros étaient rois. Le respect de l’environnement est au cœur du projet du jeune Belge. Avec les autres membres de la communauté, il s’adonne à la permaculture, la reforestation, la préservation de l’eau des montagnes, l’apiculture, le recyclage. Pieds nus, les habitants de « Mondo Nuevo » vivent des revenus qu’ils tirent des visites de touristes qui séjournent dans leur hostel. Le site se veut aussi un incubateur pour entrepreneurs engagés.

Cette communauté de jeunes n’est pas hors-sol : avec des indigènes, elle a construit un village où elle espère promouvoir les traditions locales.

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  • « The Citadel » aux Etats-Unis

Très différente du premier projet, cette communauté rassemble des Américains patriotes aux tendances survivalistes. Ils souhaitent construire une citadelle dans les montagnes de l’Idaho pour y accueillir plusieurs familles, armées. La communauté se trouverait ainsi protégée en cas de catastrophes naturelles, guerres ou cataclysme économique.

  • « Eotopia » en France

​A 300 kilomètres de Paris, Benjamin et son épouse Yazmin ont créé en 2016 un écovillage expérimental pour réaliser leur rêve de fonder une société où l’économie du don et l’écologie sont les règles d’or. « Eotopia » s’étend sur un terrain de trois hectares en bordure du village du Cronat, en Saône-et-Loire. L’éco-lieu compte aujourd’hui six résidents permanents âgés de 2 ans à 63 ans et accueille ponctuellement des visiteurs bénévoles. A « Eotopia », la viande et tous les produits issus de l’exploitation animale, mais aussi la cigarette, les drogues et l’alcool sont strictement bannis.

Ses fondateurs souhaitent que l’argent et donc la consommation soient réduits au minimum, comme l’empreinte environnementale de la communauté. Benjamin reconnaît toutefois auprès de Konbini qu’après la naissance de sa fille, aujourd’hui âgée de deux ans, il s’est remis à faire quelques emplettes, l’autosuffisance alimentaire n’étant pas atteinte à ce stade. Il touche ponctuellement le RSA mais se sent « plus utile à la société avec ce projet qu’en prenant un boulot à mi-temps (…) c’est du temps investi pour construire un avenir meilleur pour une génération ».

  • « Free and real » en Grèce

Dans ce pays durement touché par la crise, certains citoyens ont cherché à se créer un paradis. « Free and real » est née en 2010 sur l’île d’Eubée, à l’initiative d’Apostolos Sianos, ancien créateur de sites Internet. A l’époque, il rêve de « ne plus dépendre de personne – surtout pas de l’État – et se nourrir autant que possible de produits cultivés de ses propres mains ». C’est en discutant sur Internet du documentaire allemand Zeitgeist : Addendum avec des Grecs qu’il a l’idée de concrétiser ce projet, relate le magazine Les Inrocks. Avec une poignée de personnes, Apostolos s’installe sur l’île d’Eubée où sa grand-mère lui a cédé un terrain.

Une douzaine de personnes vivent dans la communauté « Free and real » à ce jour et une centaine d’autres y font régulièrement des séjours, dans l’une des yourtes. Panneaux solaires, permaculture et cours de yoga font partie du quotidien des habitants, qui ont leur matinée de libre avant un déjeuner collectif et un après-midi consacrés aux tâches de la communauté. Seul bémol : « Free and Real » n’a pas atteint l’autosuffisance alimentaire.