Canette ou bouteille: quelle bière est la plus verte ?

SLATE Pour une Saint Patrick écolo...

Par Brendan I. Koerner par 20minutes.fr

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Une bouteille de bière longue de 26 centimètres et d'une contenance d'un demi-litre a été retirée de l'estomac d'un Kényan par des chirurgiens d'un hôpital des environs de Nairobi, a rapporté vendredi le quotidien kényan Daily Metro.
Une bouteille de bière longue de 26 centimètres et d'une contenance d'un demi-litre a été retirée de l'estomac d'un Kényan par des chirurgiens d'un hôpital des environs de Nairobi, a rapporté vendredi le quotidien kényan Daily Metro. — Pal Pillai AFP/Archives
Chaque mardi, Brendan I. Koerner, alias «La Lanterne», répond sur le site Slate.com à une question de lecteur sur l’environnement.

Je me prépare pour le «boirathon» de lundi, la Saint Patrick.
Si je veux être un poivrot respectueux de l’environnement, est-ce que je dois prévoir de descendre des bières plutôt en bouteilles ou en canettes?

Difficile de répondre à cette question sans savoir à quelle distance vous vivez de votre brasseur habituel, et s’il utilise ou non des matériaux recyclés. Si votre picole préférée est produite très près de chez vous et que votre ville a un bon programme de recyclage, alors optez pour des bouteilles en verre. Mais si votre bibine est brassée loin de chez vous, par une entreprise pas trop préoccupée par l’environnement, choisissez les canettes en alu.

De la mine au brasseur en tout cas, les bouteilles en verre l’emportent largement. L’aluminium est fabriqué à partir de bauxite, extraite au prix de gros efforts. Les Etats-Unis l’importent en quasi totalité d’Australie, de Guinée et de Jamaïque, où les conséquences environnementales de ces opérations minières sont très controversées. Le verre, au contraire, est fabriqué à partir de silice – beaucoup plus accessible.

A cause des dégâts causés sur l’environnement par l’extraction de la bauxite, fabriquer une canette alu classique coûte deux fois plus en énergie qu’une bouteille en verre de la même taille: 2,07 kilowattheures d’électricité, contre 1,09.

Mais ces chiffres supposent que le matériel utilisé est tout neuf. Or, une canette de bière contient en moyenne 40% d’alu recyclé et les bouteilles de bière américaines sont en général composées de 20 à 30% de verre recyclé. Mais les économies d’énergie qui s’accumulent lorsque vous recyclez une tonne d’aluminium sont beaucoup plus importantes que pour le verre – 96% contre seulement 26,5%. Donc, si votre brasseur utilise des canettes qui contiennent beaucoup d’alu de seconde main, l’intérêt environnemental de la bouteille est considérablement réduit.

L’intérêt diminue aussi si votre bière est transportée à travers plusieurs Etats. Une canette vide classique pèse moins de 30 grammes, alors qu’une bouteille vide approche les 200 grammes. Et ça fait une vraie différence en termes d’émissions de gaz à effet de serre: plus les produits transportés sont lourds, plus il faut de carburant. Quand on inclut dans l’équation une journée de transport en camion, une bouteille émet au final 20% de gaz à effet de serre de plus qu’une canette. (C’est ce qu’explique une analyse fascinante, basée sur des chiffres rassemblés par l’Institut Wuppertal, en Allemagne. Dans cet exemple, la canette est faite d’alu 100% non recyclé ; l’étude ne spécifie la proportion de verre recyclé, mais l’énergie nécessaire pour extraire la silice est incluse).

Vous pouvez éviter cela en buvant de la bière locale, mais il faut quand même vérifier où ces brasseurs achètent leurs containers – c’est malheureusement courant pour les bouteilles et canettes vides de voyager des centaines de kilomètres du fabricant à l’usine de mise en bouteille.

Et après la fête, les canettes sont promises à un meilleur avenir: à peu près 45% d’entre elles sont recyclées, contre seulement 25% des bouteilles. C’est en partie parce que les gens pensent que les bouteilles sont biodégradables, alors ils les jettent dans les poubelles normales. Mais il y a aussi moins de demande pour le verre recyclé. Alors que les constructeurs automobiles et autres fabricants sont très demandeurs d’alu, 90% du verre recyclé est finalement retransformé en bouteilles. De plus, on sépare généralement le verre brun, vert et incolore pour le recyclage – une procédure laborieuse et chère. Cela coûte beaucoup en énergie, notamment de débarrasser le verre vert du métal (comme le fer et le cuivre) utilisé pour le tinter. Et il y a peu de débouchés, beaucoup de villes ne prennent pas la peine de recycler vos bouteilles vides d’Heineken.

Les bouteilles en verre seraient plus écolo si on pouvait les re-remplir, comme c’est le cas parfois en Europe et au Canada. Certes, il y des dépenses d’énergies liées au transport des bouteilles vides jusqu’au brasseur. Mais selon une étude de 2001 de la Commission européenne, les bouteilles reremplissables restent plus vertes que celles à usage unique. Supposons qu’une bouteille est réutilisée 20 fois et que les bouteilles à usage unique sont recyclées à hauteur de 42%: les bouteilles reremplissables demeurent préférables tant que la distance du brasseur au centre de distribution local est inférieure à 4200 km. (Et comme nombre de professionnels de l’industrie des boissons l’ont fait remarqué, les bouteilles à remplir seraient plus efficaces si elles étaient en polyéthylène téréphtalate plutôt qu’en verre).

Plutôt que d’attendre (probablement longtemps) que les brasseurs américains adoptent en masse les bouteilles à re-remplir, pourquoi ne pas prendre à la place une bière pression? C’est le moyen le plus vert d’avoir votre dose d’orge et de houblon – les tonneaux peuvent durer 15 à 20 ans. Ils sont lourds, mais en termes d’emballage par ration, ils sont au final moins lourds que les bouteilles (un tonneau de 60 litres – poids à vide: 13 kilos – revient juste à 81 grammes d’emballage pour une bière).

Alors que vous vous préparez à vous soûler, prenez aussi un moment pour penser à comment est fabriquée votre bière. Le brassage coûte cher en énergie, surtout la phase d’ébullition. Les fabricants de bière commencent à faire des efforts pour réduire leur impact sur l’environnement: la brasserie Brooklyn par exemple, à New York, utilise de l’électricité générée par le vent.

Mais est-ce que l’énergie éolienne, c’est aussi génial qu’on le dit? De quoi faire un autre article… En attendant, buvez à la santé de celui qui a chassé les serpents d’Irlande et profitez-en: la gerbe, c’est complètement biodégradable!


Posté mardi 11 mars