Une femme emprisonnée au pénitentiaire de Ilopango, au Salavador. Illustration.
Une femme emprisonnée au pénitentiaire de Ilopango, au Salavador. Illustration. — Jose CABEZAS / AFP

JUSTICE

Salvador: Elle fait une fausse couche et est condamnée à trente ans de prison

Enceinte de neuf mois, la jeune femme a fait une hémorragie et son bébé est mort-né...

Teodora Vasquez, victime d’une fausse couche pour laquelle elle a été jugée coupable d’homicide, a vu sa condamnation à trente ans de prison confirmée par un tribunal du Salvador, qui dispose de la législation anti-avortement parmi les plus strictes au monde.

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Lors d’un premier procès en 2008, Teodora Vasquez, aujourd’hui âgée de 34 ans, avait en effet écopé de la même peine.

« Aucune faute » de commise par l’accusée

« Le tribunal a estimé que la (première) condamnation devait être confirmée », a déclaré l’un des juges, qui avait déjà siégé en 2008. Avant le verdict, l’avocat de la défense, Victor Hugo Mata, avait demandé à la cour de « corriger son erreur en la libérant », plaidant que sa cliente n’a commis « aucune faute ».

Le tribunal pouvait décider d’annuler sa condamnation, ordonner un nouveau procès ou confirmer sa peine de trente ans de réclusion. Teodora Vasquez a rappelé mercredi aux trois juges ce qui lui est arrivé le jour où elle a perdu sa fille.

Un jugement perçu comme une « gifle »

La représentante du parquet, qui a requis la confirmation de la peine, a estimé que l’accusée avait « caché » sa grossesse et « qu’elle ne voulait pas d’un bébé ». A l’issue du verdict, la présidente du Centre des droits en matière de procréation, Nancy Northup, a qualifié ce jugement de « gifle », estimant que « l’accusée n’a commis aucun crime ».

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Teodora Vasquez était enceinte de près de neuf mois quand elle avait appelé les urgences le 14 juillet 2007, depuis les toilettes du collège de San Salvador où elle était employée. N’ayant pas de réponse des services d’urgences, elle a été victime d’une hémorragie et son bébé était mort-né. En découvrant le cadavre de ce dernier, un employé du collège avait prévenu la police et la jeune femme, encore inconsciente, avait été arrêtée.

Le Salvador considère la perte d’un bébé comme un « homicide aggravé »

Le Code pénal prévoit une peine de deux à huit ans de prison pour les cas d’avortement, mais dans les faits, les juges salvadoriens considèrent l’avortement ou la perte du bébé comme un « homicide aggravé », un délit puni de trente à cinquante ans de réclusion.

Depuis octobre 2016, le Parlement du Salvador étudie une proposition de loi pour dépénaliser l’avortement en cas de viol, de danger de mort pour la mère ou de fœtus non-viable.