Corée du Nord: Un ancien déserteur américain meurt trente-neuf ans après s'être réfugié à Pyongyang

DISPARITION Originaire de Caroline du Nord, le soldat avait rejoint la Corée du Nord par une nuit glaciale de janvier 1965, alors qu'il patrouillait le long de la frontière avec la Corée du Sud...

20 Minutes avec AFP

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Un soldat américain marche le long de barbelés à Guantanamo, le 9 avril 2014.
Un soldat américain marche le long de barbelés à Guantanamo, le 9 avril 2014. — Mladen Antonov AFP

Cet ancien soldat américain s’était réfugié en Corée du Nord, où il avait passé trente-neuf ans. Charles Jenkins est mort lundi à 77 ans, a annoncé ce mardi la municipalité japonaise où il vivait ces dernières années.

Il est mort en raison de problèmes cardiaques dans un hôpital à Sado, a précisé la mairie de cette ville située sur une petite île du même nom dans le nord du Japon.

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Une désertion pour éviter la guerre au Vietnam

Après avoir quitté la Corée du Nord en 2004, à l’âge de 64 ans, il avait été jugé en cour martiale pour sa désertion près de quatre décennies auparavant, plaidant coupable en grand uniforme et les larmes aux yeux. Il n’avait finalement écopé que de trente jours d’arrêts symboliques et avait été libéré peu après.

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Originaire de Caroline du Nord, le soldat avait rejoint la Corée du Nord par une nuit glaciale de janvier 1965, alors qu’il patrouillait le long de la frontière avec la Corée du Sud. Il avait expliqué plus tard qu’il voulait ainsi éviter d’être envoyé se battre au Vietnam et qu’il croyait naïvement que Pyongyang le livrerait à l’Union soviétique, d’où il pourrait regagner les Etats-Unis.

Acteur de films « anti-Yankees »

Mais à la place, le déserteur s’est retrouvé retenu à Pyongyang, pour enseigner l’anglais à de jeunes officiers promis à une carrière d’espion. Il a aussi joué le « méchant Yankee » dans des films de propagande.

Charles Jenkins avait confié plus tard avoir souffert durant ce séjour, affirmant s’y être fait « battre comme plâtre » : « On ne dit jamais "non" en Corée du Nord. Si on dit "non", on peut commencer à creuser sa tombe parce que c’est foutu. » 

En 1980, le déserteur a rencontré puis épousé une jeune Japonaise, Hitomi Soga, enlevée au Japon par des agents nord-coréens deux ans plus tôt. Hitomi Soga avait été autorisée à rentrer au Japon en 2002, comme quatre autres Japonais kidnappés dans les années 1970 et 1980. Selon les autorités japonaises, au moins 17 civils japonais ont été enlevés par Pyongyang durant cette période, tandis que la Corée du Nord a reconnu 13 enlèvements de ce type.

Une saga familiale au parfum de Guerre froide

Charles Jenkins a tardé à rejoindre sa femme au Japon, par peur de la justice militaire américaine, avant de s’y résoudre notamment pour le bien de leurs deux filles, dont il craignait qu’elles soient recrutées de force par les services d’espionnage nord-coréens.

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Après cette saga familiale au parfum de Guerre froide qui avait passionné les Japonais pendant des mois, l’ancien déserteur américain avait reçu un statut de résident permanent au Japon pour y vivre avec sa famille. Ces dernières années, Charles Jenkins travaillait à Sado dans une boutique de souvenirs, a précisé le maire de la ville dans son communiqué de condoléances à ses proches.