Non, un email envoyé à Trump et à son fils ne prouve pas qu'il y a eu collusion avec la Russie

FACT CHECKING CNN s’est trompé de date dans un article à propos de WikiLeaks…  

Philippe Berry

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Donald Trump et son fils Donald Jr. à Cleveland, le 20 juillet 2016.
Donald Trump et son fils Donald Jr. à Cleveland, le 20 juillet 2016. — Paul Sancya/AP/SIPA
  • Un article de CNN affirmait que Trump et son fils ont reçu un email offrant un accès à des documents de Wikipédia avant leur publication.
  • Mais la chaîne s’est trompée de date : les emails piratés étaient déjà publics.
  • Malgré tout, la chronologie des contacts entre l’équipe de Trump et la Russie pose de nombreuses questions.

Donald Trump va pouvoir crier « fake news », mais cette fois il aura sans doute raison. Un article de CNN affirmait ce vendredi que le président américain, son fils et plusieurs cadres de la campagne ont reçu un email le 4 septembre 2016 offrant un accès à des documents de WikiLeaks avant leur publication, ce qui serait une preuve potentielle de collusion. Mais la chaîne, qui a publié un correctif, s’est trompée de date, et ça change tout.

Selon le Washington Post, l’email a été envoyé dix jours plus tard, le 14 septembre. Il s’agissait d’une archive d’emails piratés du parti démocrate publiés la veille par WikiLeaks, et pas des emails d’Hillary Clinton, eux publiés trois semaines plus tard, début octobre.

« Les articles de CNN + CBS à propos de WikiLeaks sont 100 % des fake news. Qui va être viré ? », a réagi son fondateur, Julian Assange, sur Twitter.

De nombreuses interactions

Cette chronologie est cruciale. Le procureur Robert Mueller s’intéresse aux nombreuses interactions non déclarées entre l’équipe de Trump et la Russie mais il n’y a pas, à ce stade, de preuve flagrante de collusion. Malgré tout, la timeline des événements pose de sérieuses questions :

  • 19 mars 2016 : Des hackers russes piratent le compte mail du directeur de la campagne de Clinton, John Podesta.
  • 29 avril 2016 : Le conseiller George Papadopoulos est contacté par un intermédiaire affirmant que la Russie possède « des milliers » d’emails de Clinton.
  • 9 juin 2016 : Donald Trump Jr rencontre une avocate russe qui avait promis, via un intermédiaire, « des informations compromettantes » sur Clinton. Dans les emails échangés, Trump Jr écrit notamment : « Si c’est bien ce que vous dites, I love it. »
  • 29 juillet 2016 : Donald Trump, en plein discours, lance un appel à WikiLeaks et aux hackers pour retrouver « les 30.000 emails manquants d’Hillary Clinton ». Un porte-parole affirme que c’était de l’humour.
  • 21 septembre 2016 : Donald Trump Jr échange plusieurs messages privés sur Twitter avec WikiLeaks.
  • 2 octobre 2016 : « Mercredi, Hillary est finie #WikiLeaks », tweete Roger Stone, un ancien de la campagne de Donald Trump, qui continue de conseiller le candidat, et qui a échangé des messages privés sur Twitter avec le hacker russe Guccifer 2.0.
  • 7 octobre 2016 : Le Washington Post publie la vidéo d’Access Hollywood dans laquelle Donald Trump parle des femmes et se vante de pouvoir « les attraper par la chatte ». L’affaire semble avoir le potentiel pour le couler.
  • 7 octobre 2016 : Moins d’une heure plus tard, WikiLeaks met en ligne les premiers emails de Podesta/Clinton. Ils empoisonneront la candidate pendant le dernier mois de la campagne.

Coïncidence dans ce timing ou pas, pour l’instant, personne ne sait sur quoi débouchera l’enquête de Robert Mueller. Mais sur les deux versants de l’affaire (la collusion et l’obstruction à la justice), il a obtenu la collaboration de témoins-clés : les conseillers George Papadopoulos et Mike Flynn ont plaidé coupables de fausses déclarations au FBI. S’il y a un os de caché, Mueller, qui a dirigé le bureau fédéral d’investigation pendant 12 ans, est sans doute le mieux placé pour le déterrer.