VIDEO. Etats-Unis: Démission en série de membres du congrès américain, accusés d'agression sexuelle

HARCELEMENT SEXUEL Un sénateur et deux membres de la chambre des représentants ont annoncé leur démission…

N.Sa avec AFP

— 

Le sénateur Al Franken, ancien comique dans l'émission Saturday night live, a annoncé le 7 décembre 2017 sa démission prochaine après avoir été accusé de comportement déplacé il y a plusieurs années par des femmes.
Le sénateur Al Franken, ancien comique dans l'émission Saturday night live, a annoncé le 7 décembre 2017 sa démission prochaine après avoir été accusé de comportement déplacé il y a plusieurs années par des femmes. — Jose Luis Magana/AP/SIPA
  • Accusé de comportement déplacé il y a plusieurs années par des femmes, Al Franken a annoncé jeudi sa démission prochaine.
  • 32 des 48 démocrates et apparentés du Sénat ont appelé le sénateur à la démission. Un mouvement lancé par un groupe de sénatrices après un septième témoignage.
  • Al Franken considére comme ironique qu’il doive démissionner alors que le président américain lui-même se vante d’avoir agressé sexuellement des femmes.
  • Un autre démocrate, le doyen de la Chambre John Conyers, a démissionné mardi, à 88 ans. Contrairement à Al Franken, il était accusé de harcèlement sexuel répété sur des collaboratrices.

Si Donald Trump semble passer entre les gouttes (et les sanctions) malgré les nombreuses accusations d'agressions sexuelles dont il est l’objet, ce n’est pas le cas de tous les politiciens. Le sénateur démocrate américain Al Franken, accusé de comportement déplacé il y a plusieurs années par des femmes, a annoncé jeudi sa démission prochaine, après trois semaines d’une tempête politique au terme de laquelle la plupart de ses collègues démocrates l’ont appelé à quitter le Sénat. Deux députés ont également faits part de leur démission cette semaine. 

Le sénateur tacle le président américain dans son dernier discours

« Je sais, au fond de mon cœur, que je n’ai rien fait pour déshonorer cette institution », a-t-il déclaré, amer, lors d’un discours prononcé depuis l’hémicycle. « Toutefois, j’annonce aujourd’hui que dans les prochaines semaines, je démissionnerai du Sénat ». « Je suis conscient qu’il est ironique que je m’en aille alors qu’un homme qui a été enregistré en train de se vanter d'avoir agressé sexuellement des femmes occupe le Bureau ovale », a-t-il ajouté.

>> A lire aussi : VIDEO. Affaire Weinstein: Six femmes ont déposé une nouvelle plainte en nom collectif contre le producteur

Beaucoup d’élues et d’élus estiment que le Congrès américain se situe à un moment charnière, un point de l’histoire où chacun doit, sans la moindre ambiguïté, adopter une politique de tolérance zéro envers tout comportement déplacé, a fortiori du harcèlement ou des agressions sexuelles.

C’est ce qui a poussé, mercredi en moins de 24 heures, 32 des 48 démocrates et apparentés du Sénat à appeler Al Franken, 66 ans, à la démission. Un mouvement lancé par un groupe de sénatrices après un septième témoignage.

« La peur qu’avaient les femmes de parler, il y a des années, n’existe plus »

« Nous vivons un énorme changement culturel », dit à l’AFP la sénatrice démocrate de Californie Dianne Feinstein, 84 ans. « La peur qu’avaient les femmes de parler, il y a des années, n’existe plus. Les femmes vont témoigner. C’est comme une nouvelle année de la femme ». « Notre pays a franchi le Rubicon », s’est félicitée Nancy Pelosi, cheffe de l’opposition démocrate de la Chambre, qu’elle fut la première femme à présider de 2007 à 2010.

Le Congrès a longtemps été une institution machiste. Aujourd’hui, les femmes ne représentent toujours que 20 % des parlementaires. Mais il y a vingt ans, elles n’étaient que 12 %, et il y a trente ans, 5 %. C’est l’institution qui a sauvé Bill Clinton, dans l’affaire Monica Lewinsky, et interrogé avec virulence en 1991 Anita Hill, qui accusait de harcèlement sexuel Clarence Thomas, nommé à la Cour suprême où il siège encore. Beaucoup d’élus veulent croire que ces votes seraient différents s’ils étaient tenus aujourd’hui.

Al Franke avait réussi parfaitement sa transition de comique à sénateur

Avant d’être élu au Sénat en 2008, Al Franken fut l’une des stars de l’émission culte Saturday Night Live dans les années 1970 et 1980, avant de continuer une carrière d’humoriste, de scénariste et d’animateur radio. C’est dans ces habits de pitre qu’en 2006 il a tenté d’embrasser de force l’une de ses partenaires sur scène, lors d’une tournée auprès des troupes américaines à l’étranger. Mais c’est en tant que sénateur qu’il a été accusé de gestes déplacés sur plusieurs femmes, pendant des photos.

Par respect pour ses accusatrices, a-t-il expliqué, Al Franken n’a pas contesté la plupart des faits qui lui sont reprochés, bien qu’il dise « avoir des souvenirs différents pour certains » et qu’il en ait nié certains. Le sénateur était très populaire jusqu’à cette affaire, ayant réussi sa transition de comique à parlementaire appliqué, récemment auteur d’un livre à succès éreintant notamment Donald Trump.

Il a multiplié les actes de contrition depuis trois semaines et a notamment accepté de coopérer avec la commission éthique du Sénat, censée traiter ce type d’affaires et recommander des sanctions pouvant aller jusqu’à l’exclusion.
Finalement, ses collègues n’ont pas voulu attendre la conclusion de cette procédure. Ce qui a suscité en réaction des questions sur les garde-fous en cas d’allégations lancées contre des élus, et sur la légitimité du suffrage universel.

Deux autres démissions

Un autre démocrate, le doyen de la Chambre John Conyers, a démissionné mardi, à 88 ans. Contrairement à Al Franken, il était accusé de harcèlement sexuel répété sur des collaboratrices. Il aurait même menacé l’une des victimes de mort si elle ne se laissait pas faire.

Les démocrates sont prudents et évitent de politiser ouvertement ces affaires. Mais, comme l’a souligné Al Franken dans son discours de départ, certains notent que les républicains soutiennent un président accusé d’agression sexuelle par de multiples femmes, et sont sur le point d’élire, dans l’Alabama, un sénateur accusé de bien pire, des attouchements sur des mineures dans les années 1970, Roy Moore.
« Al Franken a reconnu la douleur qu’il a infligée », commentait jeudi Tim Kaine, ancien candidat à la vice-présidence. « Roy Moore a refusé de le faire. D’une certaine manière, c’est pire ».

Trent Franks, député républicain de l'Arizona, a quant à lui annoncé jeudi soir qu'il démissionnait de son poste, effectif fin janvier, après l'annonce de l'ouverture d'une enquête de la commission d'éthique de la Chambre des représentants sur des allégations de harcèlement sexuel à son encontre par deux anciennes collaboratrices.