La Maison Blanche a-t-elle fait obstruction à la justice? La chronologie cruciale pour l'avenir de Trump

ETATS-UNIS Des contacts du conseiller Michael Flynn avec la Russie au limogeage du patron du FBI James Comey, retour sur douze mois riches en rebondissements...

Philippe Berry

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 	Photomontage du président américain, Donald Trump, face au procureur spécial chargé de l'enquête sur la Russie, Robert Mueller.
Photomontage du président américain, Donald Trump, face au procureur spécial chargé de l'enquête sur la Russie, Robert Mueller. — PHOTOS SIPA / MONTAGE 20 MINUTES

Donald Trump est attaqué sur deux fronts. D’un côté, le procureur spécial Robert Mueller enquête sur des soupçons de collusion avec la Russie pendant la campagne. De l’autre, il doit déterminer si le président américain s’est rendu coupable d’obstruction à la justice en limogeant le patron du FBI James Comey.

C’est sur ce second point que Donald Trump semble le plus exposé à ce stade : vendredi dernier, son ex-conseiller Michael Flynn a plaidé coupable d'avoir menti au FBI sur ses contacts avec l’ambassadeur russe pendant la période de passation du pouvoir. La question centrale : Donald Trump était-il au courant de ces fausses déclarations quand il a demandé à James Comey de « laisser tomber » l’enquête sur son ex-conseiller?

22 décembre 2016 : Flynn contacte l’ambassadeur russe

L'ex-conseiller de Donald Trump à la sécurité nationale, Michael Flynn.
L'ex-conseiller de Donald Trump à la sécurité nationale, Michael Flynn. - AFP

Selon l’acte d’inculpation publié par Robert Mueller, « un cadre haut placé de l’équipe de transition a demandé à Flynn de contacter des représentants de gouvernements étrangers, y compris de Russie » pour leur demander de retarder le vote sur une résolution égyptienne à l’ONU condamnant la colonisation israélienne. Selon CNN et Bloomberg, l’individu mystère serait... le gendre de Donald Trump, Jared Kushner.

Le gendre et conseiller de Donald Trump, Jared Kushner.
Le gendre et conseiller de Donald Trump, Jared Kushner. - M.WILSON/AFP

28 décembre 2016 : Obama impose des sanctions contre la Russie

En réaction à l’ingérence russe dans la présidentielle américaine. Le même jour, l’ambassadeur russe aux Etats-Unis, Sergey Kislyak, contacte Flynn.

L'ambassadeur de la Russie aux Etats-Unis, Sergey Kislyak.
L'ambassadeur de la Russie aux Etats-Unis, Sergey Kislyak. - Cliff Owen/AP/SIPA

29 décembre 2016 : Flynn demande ce qu’il doit faire

Il téléphone à « un cadre haut placé » de l’équipe de transition qui se trouve à la résidence de Donald Trump de Mar-a-Lago, en Floride, en compagnie d’autres responsables de la campagne. Lors de leur discussion, son interlocuteur lui explique que « les membres de l’équipe de transition ne souhaitent pas que la Russie fasse monter la situation diplomatique en flèche ».

29 décembre 2016 : Flynn passe le message à l’ambassadeur

Dans la foulée, le conseiller appelle Kislyak pour lui transmettre le message.

30 décembre 2016 : Poutine apaise la situation

Le président russe décide de ne pas expulser de diplomates américains. Donald Trump le félicite sur Twitter.

15 janvier 2017 : Le vice-président américain défend Flynn

Le vice-président américain Mike Pence.
Le vice-président américain Mike Pence. - Matthias Schrader/AP/SIPA

Sur Fox News, Mike Pence jure que Michael Flynn n’a pas discuté des sanctions américaines avec l’ambassadeur. Et l’appel téléphonique qui a eu lieu le jour de l’annonce des sanctions ? Une simple « coïncidence », selon Pence.

24 janvier 2017 : Flynn fait de fausses déclarations au FBI

Le conseiller à la sécurité nationale passe notamment sous silence ses discussions des sanctions avec l’ambassadeur russe.

26 janvier 2017 : L’équipe de Trump avertie des fausses déclarations de Flynn

La ministre américaine par intérim de la Justice
La ministre américaine par intérim de la Justice - J. David Ake/AP/SIPA

Sally Yates, une ancienne du gouvernement d’Obama qui assure l’intérim à la Justice, informe un conseiller juridique de Donald Trump que Flynn a menti. Et qu’il pourrait être « compromis » car Moscou pourrait le faire chanter à propos de ses contacts avec l’ambassadeur.

27 janvier 2017 : Trump demande un serment d’allégeance au patron du FBI

« J’ai besoin de loyauté, j’attends de la loyauté », aurait dit Donald Trump au patron du FBI lors d’un dîner en tête à tête. Le président américain conteste cependant la version de James Comey.

Donald Trump face à l'ex-directeur du FBI, James Comey, le 22 janvier 2017 après son investiture.
Donald Trump face à l'ex-directeur du FBI, James Comey, le 22 janvier 2017 après son investiture. - Andrew Harrer/NEWSCOM/SIPA

13 février 2017 : Flynn démissionne

Dans sa lettre, il s’excuse pour avoir « fourni des informations incomplètes » au vice-président Mike Pence à propos de ses conversations avec l’ambassadeur.

14 février 2017 : Trump demande à Comey de « laisser tomber »

L'ex-directeur du FBI, James Comey, lors de son audition devant une commission du Sénat américain.
L'ex-directeur du FBI, James Comey, lors de son audition devant une commission du Sénat américain. - Alex Brandon/AP/SIPA

Là encore, il s’agit de la version du patron du FBI, basée sur sa retranscription de sa rencontre avec Donald Trump dans le Bureau ovale. « J’espère que vous aurez la clairvoyance de passer à autre chose, de laisser tomber Flynn. C’est un type bien. J’espère que vous pourrez laisser tomber », lui aurait demandé Donald Trump. Le président a nié à plusieurs reprises avoir demandé à Comey d’abandonner l’enquête sur Michael Flynn.

9 mai 2017 : Donald Trump limoge James Comey

En déplacement en Californie, le patron du FBI croit d’abord à une blague. La Maison Blanche cite sa gestion de l’enquête sur les emails d’Hillary Clinton comme motif. Mais lors d’une interview sur NBC, Donald Trump déclare : « J’allais virer Comey de toute façon », invoquant notamment « cette histoire avec la Russie ».

10 mai 2017 : Trump reçoit Lavrov et Kislyak à la Maison Blanche

Le président américain reçoit le ministre russe des Affaires étrangères et l’ambassadeur. Selon la retranscription de l’échange obtenue par le New York Times, Donald Trump leur aurait dit : « J’ai viré le patron du FBI, il était fou. »

Donald Trump aux côtés du ministre des Affaires étrangères russe Sergei Lavrov (à gauche) et de l'ambassadeur russe aux Etats-Unis, Sergei Kislyak.
Donald Trump aux côtés du ministre des Affaires étrangères russe Sergei Lavrov (à gauche) et de l'ambassadeur russe aux Etats-Unis, Sergei Kislyak. - RUSSIAN FOREIGN MINISTRY/SIPA

1er décembre 2017 : Flynn plaide coupable de fausses déclarations au FBI

Il plaide coupable de fausses déclarations au FBI et promet de « coopérer pleinement » avec les enquêteurs. Robert Mueller emploie la même stratégie que contre la mafia : offrir un deal à un subordonné pour remonter jusqu’en haut de l’organisation.

2 décembre 2017 : Trump semble s’incriminer dans un tweet

« J’ai dû limoger le général Flynn parce qu’il a menti au vice-président et au FBI. Il a plaidé coupable de ces mensonges. C’est triste parce que ses actions pendant la transition étaient légales. Il n’y avait rien à cacher ! », écrit Donald Trump.

Il semble indiquer qu’il savait que Michael Flynn avait menti au FBI quand il a demandé à James Comey de « laisser tomber » l’enquête sur son ex-conseiller. Aussitôt, des élus démocrates crient à l’obstruction à la justice. « Je n’ai jamais demandé à Comey d’arrêter d’enquêter sur Flynn », répond Trump. Et l’un de ses avocats, John Dowd, affirme à Reuters que c’est lui qui a rédigé le tweet et qu’il a fait une « erreur ». Il voulait, jure-t-il, indiquer dans une seconde phrase que Flynn avait menti au FBI et plaidé coupable, niant que Donald Trump ait été au courant.

4 décembre 2017 : « Le président ne peut pas entraver la justice »

C’est la nouvelle stratégie de défense dévoilée par John Dowd. « Le président ne peut pas entraver la justice », affirme l’avocat. La logique est technique mais il considère que le commandant en chef des Etats-Unis est chargé de faire appliquer la loi et ne peut donc pas s’entraver lui-même. Le dernier président à avoir utilisé cet argument ? Richard Nixon.