Etats-Unis: Pâtisserie, homosexualité et religion au menu de la Cour suprême

JUSTICE La Cour suprême rendra sa décision, d’ici à fin juin 2018, dans le dossier explosif d’un pâtissier ayant refusé de confectionner un gâteau à un couple de même sexe …

20 Minutes avec AFP

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Jack Phillips dans sa pâtisserie « Masterpiece Cakeshop » en banlieue de Denver (Colorado).
Jack Phillips dans sa pâtisserie « Masterpiece Cakeshop » en banlieue de Denver (Colorado). — Bruce Ellefson

Un gâteau de mariage est-il une forme d’expression artistique qu’on peut refuser pour un motif religieux à un couple de même sexe ? Cette question pour le moins insolite est très sérieusement débattue ce mardi à la Cour suprême à Washington.

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Dans cette affaire devenue emblématique s’opposent Jack Phillips, un pâtissier de Denver (Colorado), et deux hommes aujourd’hui mariés, Dave Mullins et Charlie Craig. Et remonte au 19 juillet 2012.

Liberté religieuse, égalité sexuelle et liberté d’expression

Ce jour-là, invoquant sa foi chrétienne, Jack Phillips a tout bonnement refusé la commande de Mullins et Craig. Les deux époux ont alors déposé plainte sur le fondement d’une loi du Colorado interdisant toute discrimination aux commerces accueillant le public.

A cette époque, personne n’imaginait que cette transaction commerciale avortée serait discutée cinq ans plus tard au sommet du pouvoir judiciaire des Etats-Unis et que les protagonistes seraient à la une de la presse nationale. Mais, depuis 2012, le dossier a grossi, prenant une lourde charge politique et émotionnelle car touchant à des principes chers aux Américains : la liberté religieuse, l’égalité sexuelle et la liberté d’expression protégée par le premier amendement de la Constitution des Etats-Unis.

Un démocrate devrait-il être contraint d’écrire un discours républicain ?

« Jack sert tous ceux qui passent sa porte, quels que soient leur histoire et leur milieu. Mais, comme n’importe quel artiste, il ne peut exprimer n’importe quel message », explique Jeremy Tedesco, principal défenseur de Jack Phillips. « Est-ce qu’un créateur de tee-shirt, athée, devrait être forcé de fabriquer des tee-shirts proclamant : "Dieu existe" ? Est-ce qu’un rédacteur de discours démocrate devrait être contraint d’écrire un discours pour un homme politique républicain, et vice-versa ? » poursuit l’avocat.

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Dans le camp de Dave Mullins et Charlie Craig, on se garde de tomber dans le piège du débat juridique sur le symbole du gâteau, en dénonçant simplement une discrimination sexuelle. Et Dave Mullins de préciser : « Cette affaire ne concerne pas la liberté artistique. Nous n’avons pas demandé une œuvre d’art. Nous avons essuyé un refus fondé sur qui nous sommes, nous avons été humiliés publiquement en raison de qui nous sommes. »

Vers un recul pour les droits civiques ?

Jack Phillips est soutenu par une vingtaine d’Etats américains, des dizaines d’élus du Congrès et tout ce que l’Amérique compte de groupes chrétiens conservateurs. Mais il a surtout rallié à sa cause le gouvernement de Donald Trump.

Le couple homosexuel est, lui, défendu par l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) et de nombreuses organisations. Toutes sont convaincues qu’une défaite sur le front des droits des homosexuels serait suivie par d’autres reculs pour les droits civiques. Après l’audience solennelle mardi, la Cour suprême rendra sa décision dans ce dossier explosif d’ici à fin juin 2018.