VIDEO. Corée du Nord: Que va changer ce tir de missile balistique capable d'atteindre tout le territoire américain?

MONDE La Corée du Nord a lancé mardi soir un missile balistique capable de frapper n’importe quelle grande ville américaine…

Anissa Boumediene

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Après un tir réussi d'un nouveau missile balistique de longue portée par la Corée du Nord, toutes les grandes villes américaines sont désormais à portée de frappe nucléaire de Pyongyang.
Après un tir réussi d'un nouveau missile balistique de longue portée par la Corée du Nord, toutes les grandes villes américaines sont désormais à portée de frappe nucléaire de Pyongyang. — JUNG Yeon-Je / AFP
  • Pyongyang a testé avec succès un nouveau type de missile capable de frapper n’importe où aux Etats-Unis.
  • Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a déclaré mercredi que son pays était devenu une puissance nucléaire.
  • Les Etats-Unis viennent de décréter un renforcement des sanctions économiques, mesure qui jusqu’à présent n’a pas ralenti la Corée du Nord dans sa course à l'arme nucléaire.

Cette nouvelle démonstration de force va marquer les esprits. Après avoir testé avec succès un nouveau type de missile capable de frapper n’importe où aux Etats-Unis, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a déclaré mercredi que son pays était devenu un Etat nucléaire à part entière. Ce tir de missile balistique intercontinental (ICBM) constitue un nouveau défi pour le président américain Donald Trump qui avait assuré que le développement de telles capacités « n’arriverait pas ».

Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir en urgence ce mercredi soir, Donald Trump vient d’annoncer de nouvelles sanctions contre Pyongyang. Mais le président américain a-t-il beaucoup de marge de manœuvre dans la gestion du dossier nord-coréen ?

Ce tir de missile balistique, capable d’atteindre tout point situé sur le continent américain, change-t-il la donne ? Est-ce un succès pour Kim Jong-un ?

La presse officielle a parlé de l’arme la plus sophistiquée à ce jour. « Le système d’armes de type ICBM Hwasong-15 est un missile intercontinental équipé d’une ogive lourde extra-large capable de frapper la totalité du territoire continental américain », selon KCNA, l’agence de presse nord-coréenne. D’après Pyongyang, l’engin a atteint une altitude de 4.475 kilomètres avant de s’abîmer à 950 kilomètres du site de lancement. Selon des scientifiques occidentaux, la trajectoire en cloche du missile, à la verticale, suggérait qu’il avait en fait une portée de 13.000 kilomètres, suffisante pour frapper chacune des villes principales des Etats-Unis.

« Il ne s’agit pas ici d’un énième tir de missile balistique comme les autres. Celui-ci met en jeu des caractéristiques techniques jamais atteintes par Pyongyang auparavant. Donc cela change clairement la donne », estime Dorian Malovic, spécialiste de la Corée du Nord et coauteur de La Corée du Nord en 100 questions(éd. Tallandier). Désormais, « la Corée du Nord doit prouver qu’elle est capable de fixer une tête nucléaire sur ses missiles et qu’elle maîtrise la technologie de rentrée des ogives dans l’atmosphère depuis l’espace », poursuit le spécialiste. Mais les experts estiment que la Corée du Nord est au moins sur le point de développer une capacité de frappe intercontinentale opérationnelle.

Dans son communiqué officiel, Pyongyang martèle qu’elle est désormais une puissance nucléaire pleine et entière.

Ce succès nord-coréen est-il un revers pour le président Trump ? Y a-t-il un risque véritable d’attaque de la part de Pyongyang ?

« Au début de cette année, Trump déclarait à propos d’un tel tir que "cela n’arrivera jamais" quand, dans le même temps, Kim Jong-un assurait qu’il y parviendrait, rappelle Dorian Malovic. Là, c’est mission accomplie pour la Corée du Nord, donc c’est clairement un camouflet pour Trump, analyse-t-il. On voit ainsi que la stratégie d’étranglement économique adoptée par les Etats-Unis et plus généralement l’ONU ne dissuade absolument pas le leader nord-coréen de poursuivre sa course nucléaire. Aujourd’hui, la Corée du Nord est, de fait, une puissance nucléaire, bien que les Etats-Unis et le conseil de sécurité de l’ONU pensent encore pouvoir faire reculer Pyongyang. Mais cette stratégie pavlovienne, qui déroule à chaque fois le même schéma, – indignation internationale, réunion du conseil de sécurité de l’ONU, sanctions, pression pour négociations recul, pour un retour à la case départ — ne tient pas.

« Kim Jong-un a fait le sourd à tous les appels et menaces de Donald Trump à l’encontre de la Corée du Nord, il a poursuivi sa stratégie de nucléarisation, confirme

Jean-Eric Branaa, spécialiste des Etats-Unis et auteur de Trumpland, portrait d'une Amérique divisée(éd. Privat). Après ce dernier tir, qui montre que l’ensemble du territoire américain est vulnérable face à la menace nucléaire nord-coréenne, le rapport de force s’est inversé et désormais, c’est la crédibilité de Trump qui est remise en cause dans le dossier nord-coréen, surtout après avoir entrepris une tournée en Asie. Lui qui a d’abord promis "le feu et la fureur" à la Corée du Nord et la destruction de son régime est aujourd’hui en mauvaise posture. Trump doit réagir, car comme on peut le voir, le régime de Pyongyang est toujours bien en place et est même plus solide que jamais. Désormais, le président américain a la pression : sa base électorale va attendre une réaction ferme et claire de sa part ».

Aujourd’hui, on est à un tournant : « Kim Jong-un est conscient de sa force nucléaire. Mais à partir de là, va-t-il jouer l’apaisement pour négocier une levée des sanctions ou rester dans cette logique de démonstration de force ? Objectivement, il a aujourd’hui toutes les cartes en main, juge Dorian Malovic. Pour l’heure, on reste dans la démonstration, mais si Kim Jong-un estime ne pas être pris au sérieux en tant que puissance nucléaire, il pourrait décider d’une attaque nucléaire s’il se sentait poussé dans ses derniers retranchements ».

Quelle réaction les Etats-Unis et l’ONU ont-ils le plus intérêt à adopter ?

Côté occidental, « il faut comprendre qu’il est impossible de faire plier la Corée du Nord avec des sanctions économiques : le peuple est prêt à manger de l’herbe plutôt que de céder sur son programme nucléaire », avertit Dorian Malovic, qui était il y a quelques jours encore sur les terres de Kim Jong-un. Pourtant, Donald Trump a dans un premier temps choisi de frapper une nouvelle fois Pyongyang au porte-monnaie. « Je viens juste de parler avec le président chinois Xi Jinping à propos des actions provocatrices de la Corée du Nord. D’importantes sanctions supplémentaires seront imposées à la Corée du Nord aujourd’hui. Nous allons nous occuper de cette situation ! » a écrit Donald Trump sur Twitter ce mercredi.

« Les Etats-Unis peuvent, conjointement avec le conseil de sécurité de l’ONU, rester dans leur logique de sanctions économiques, mais cette stratégie a manifestement démontré ses limites, juge Dorian Malovic. Washington pourrait par la suite reconnaître la Corée du Nord comme une puissance nucléaire, mais reconnaître ce statut revient à l’accepter, or, ce serait contraire à tous les fondements du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Si les Etats-Unis reconnaissent la Corée du Nord comme une puissance nucléaire et négocient avec elle sur cette base, c’est au risque que d’autres Etats, par exemple le Japon ou l’Arabie Saoudite, veuillent à leur tour se doter de l’arme nucléaire ».

« Toutes les options sont sur la table, indique Jean-Eric Branaa : outre le renforcement des sanctions internationales, la voie diplomatique et l’action militaire sont envisageables. Mais les Etats-Unis devraient opter pour la réponse graduée. Pour l’heure, Rex Tillerson, le secrétaire d’Etat américain, assure que la voie diplomatique est toujours ouverte.

Et l’option militaire n’est pas écartée, en attestent les déclarations de Trump au Congrès qui a réclamé la validation du budget, afin d’éviter le shut down qui bloquerait les institutions et plus spécifiquement de financer l’armée.

Mais en réalité, Trump est viscéralement non-interventionniste, il ne veut pas s’engager dans une action militaire contre la Corée du Nord, il fait tout pour l’éviter ».