VIDEO. Scandale du sumo au Japon: Qui est Harumafuji, le champion forcé de mettre fin à sa carrière?

JAPON Le « yokozuna » mongol de 33 ans est accusé d’avoir plongé dans l’embarras le « sport national » du pays…

Mathias Cena

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Harumafuji au club de la presse étrangère à Tokyo, le 18 février 2013.
Harumafuji au club de la presse étrangère à Tokyo, le 18 février 2013. — TORU YAMANAKA / AFP
  • Harumafuji est arrivé au Japon à l’âge de 16 ans pour devenir sumo.
  • Il avait remporté son neuvième tournoi en septembre dernier.
  • Le champion est accusé d’avoir violemment agressé un autre lutteur lors d’une soirée arrosée.

De notre correspondant à Tokyo,

Il n’avait pas le choix. Accusé d’avoir violemment agressé un autre lutteur au cours d’une soirée arrosée fin octobre, le yokozuna – le plus haut rang du sumo – mongol Harumafuji, dont le nom est désormais associé au scandale qui s’étale chaque jour dans la presse japonaise depuis deux semaines, a annoncé mercredi qu’il mettait fin à sa carrière de sumo.

« Ma conduite n’était pas digne d’un yokozuna », a déclaré le champion de 33 ans devant les journalistes, lors d’une conférence de presse à Fukuoka, au sud-ouest du Japon, où un tournoi de sumo s’est achevé dimanche. « Je m’excuse du fond du cœur auprès de tous, les fans de sumo, la fédération, l’association de supporters de mon écurie, mon maître et sa femme, pour avoir causé autant de problèmes. » Le champion et son maître d’écurie, Isegahama, se sont ensuite inclinés longuement sous les crépitements des flashs.

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« Je l’ai vu grandir depuis ses 16 ans et j’ai toujours pensé que c’était un exemple rare dans le monde du sumo, a ajouté le maître, la voix entrecoupée de sanglots. Non seulement il s’entraînait dur, mais il étudiait, il était engagé dans des œuvres de charité comme la recherche contre les maladies incurables, il était doué en dessin. Je ne l’ai jamais vu devenir violent sous l’influence de l’alcool, et je n’ai jamais entendu dire qu’il l’était non plus. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi c’est arrivé. »

En arrivant au Japon, il ne pèse que 80 kg

Né le 14 avril 1984 à Oulan Bator, la capitale mongole, Byambadorj Davaanyamyn est le fils d’un champion de lutte mongol. A 15 ans, il est repéré lors d’un événement sportif par son futur maître Isegahama, qui a lui-même été yokozuna au début des années 1990 sous le nom de Asahifuji. Byambadorj, qui ne pèse que 80 kg à l’époque, s’envole pour le Japon où il emménage chez son maître, selon la tradition, et débute sa carrière de sumo.

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Il monte pour la première fois sur le dohyo, la plateforme d’argile où se déroulent les combats, au tournoi de janvier 2001, sous son premier nom de lutteur : Ama. « Il s’entraînait avec diligence et ne se plaignait jamais », a rappelé son maître mercredi devant les journalistes.

En atteignant en 2008 le rang de ozeki, juste en dessous de yokozuna, Ama change de nom pour devenir Harumafuji, et remporte son premier tournoi l’année suivante. Avec son mètre 86 pour 137 kg, qui en fait l’un des lutteurs les plus légers de l’élite – la moyenne se situe plutôt autour des 155 kg –, Harumafuji se distingue en battant régulièrement son compatriote, le grand champion Hakuho, qui vient de remporter ce mois-ci le 40e tournoi de sa carrière, record absolu dans l’histoire du sumo. Harumafuji atteint finalement le rang suprême de yokozuna en septembre 2012.

Harumafuji tient une dorade à l'occasion de sa promotion au rang de yokozuna, le 26 février 2012.
Harumafuji tient une dorade à l'occasion de sa promotion au rang de yokozuna, le 26 février 2012. - JIJI PRESS / AFP

Il a remporté son dernier tournoi en septembre

Au cours de sa carrière au sommet, Harumafuji pâtit de la comparaison avec le quasi invincible Hakuho, qui pulvérise les records les uns après les autres. Mais il parvient tout de même à aligner neuf coupes de l’Empereur, la récompense remise aux vainqueurs des tournois.

Il a remporté la dernière, en septembre dernier, dans des conditions extrêmes. Seul des quatre yokozuna en lice, les autres ayant déclaré forfait pour blessure, Harumafuji, dont les deux coudes blessés sont couverts par d’épais bandages, se voit infliger quatre défaites, un chiffre « indigne » de son rang et qui incite normalement un yokozuna à déclarer forfait. Ne pouvant plus se dérober à cause des absences des autres, Harumafuji se ressaisit finalement, enchaînant les victoires, et remporte le tournoi le dernier jour à l’issue d’un play-off.

Titulaire d’un diplôme d’avocat et d’une licence de policier

Cette victoire arrachée dans la douleur a une saveur particulière pour Harumafuji, félicité pour s’être montré « digne de son rang ». Ce sera aussi sa dernière. Au troisième jour du tournoi suivant, le 14 novembre dernier, un tabloïd révèle l’agression sur un autre lutteur, survenue trois semaines plus tôt, et une partie du pays fustige un yokozuna… indigne de son rang. Harumafuji se retire du tournoi le même jour. Il ne remontera plus sur le dohyo que pour sa cérémonie d’adieu, au cours de laquelle son chignon sera coupé.

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Les projets de Harumafuji après sa carrière de yokozuna ne sont pas encore connus, mais ne s’étant pas fait naturaliser japonais, condition sine qua non pour devenir maître d’écurie, il est peu probable qu’il reste au sein de la fédération de sumo. Titulaire d’un diplôme d’avocat et d’une licence de policier en Mongolie, obtenus par correspondance en parallèle de sa carrière de sumo, il pourrait choisir de revenir au pays, comme Asashoryu, un autre yokozuna mongol poussé à la démission, qui a fait fortune dans les affaires et s’est même lancé en politique.