VIDEO. Scandale du sumo au Japon: Le champion Harumafuji met un terme à sa carrière

JAPON Le « yokozuna » mongol de 33 ans est accusé d’avoir plongé dans l’embarras le « sport national » du pays…

M.C.

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Harumafuji lors du tournoi de Fukuoka, le 13 novembre 2017.
Harumafuji lors du tournoi de Fukuoka, le 13 novembre 2017. — STR / JIJI PRESS / AFP
  • Harumafuji est accusé d'avoir violemment agressé un autre lutteur lors d'une soirée arrosée.
  • L'affaire, révélée mi-novembre, a causé un véritable scandale dans tout le Japon.
  • Tous les aspects n'ont pas encore été tirés au clair.
  • Le scandale est aussi la manifestation d'une lutte de pouvoir au sein de la fédération de sumo.

Un nouvel épisode dans le dernier scandale qui agite le monde du sumo, mais sans doute pas sa conclusion. Le champion Harumafuji, accusé d’avoir agressé un autre lutteur lors d’une soirée arrosée, a annoncé mercredi la fin à sa carrière, retenant ses larmes devant les journalistes.

Agé de 33 ans et de nationalité mongole, le yokozuna (plus haut rang de la discipline) est accusé d’avoir plongé dans l’embarras le « sport national » du pays, après avoir violemment agressé en octobre un autre lutteur mongol, Takanoïwa, qui aurait été hospitalisé pour fracture du crâne et commotion cérébrale. En annonçant sa retraite, il prend les devants sur la fédération de sumo, qui n’avait pas encore annoncé de décision mais qui penchait vers une « sanction sévère ».

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« Ma conduite n'était pas digne d'un yokozuna », a déclaré avec émotion Harumafuji lors d'une conférence de presse à Fukuoka (sud-ouest du Japon), avant de s'incliner profondément. «Je l'ai vu grandir depuis ses 16 ans et je ne l'avais jamais vu devenir violent ni entendu dire qu'il l'était», a déclaré son maître de heya ou «écurie», qui paraissait encore plus ému que son champion et séchait ses larmes avec un mouchoir. «Je n'arrive pas à comprendre pourquoi c'est arrivé».

Une enquête de police est en cours

Harumafuji, qui est devenu yokozuna en 2012 et a remporté la prestigieuse Coupe de l’Empereur (remise aux vainqueurs des tournois) à neuf reprises, a démenti avoir fracassé une bouteille de bière sur la tête de Takanoïwa, comme l’auraient affirmé certains témoins, mais a avoué l’avoir frappé des poings et avec une télécommande de karaoké.

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Le grand champion a expliqué avoir perdu son sang-froid quand Takanoïwa, 27 ans, a commencé à écrire un message à sa petite amie sur son smartphone, alors que son aîné était précisément en train de lui reprocher une mauvaise attitude.

Le maître de la heya de sa victime a porté plainte contre Harumafuji il y a deux semaines, juste après la révélation de l’affaire au grand public, et une enquête de police a été ouverte.

Lutte de pouvoir au sein de la fédération

Ce scandale, qui a eu un énorme retentissement au Japon, a rouvert les cicatrices du monde fermé du sumo, déjà ébranlé ces dernières années par des affaires de drogue, de matchs truqués, de paris illégaux et de liens avec les yakuzas. Il a aussi jeté une lumière crue sur la violence qui serait toujours omniprésente dans l’univers du sumo, même si la loi du silence qui y règne l’empêche la plupart du temps d’arriver dans les colonnes des journaux. En 2007, un jeune lutteur de 17 ans est mort sous les coups de bouteille de bière de son maître, lequel a été condamné à cinq ans de prison.

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Pour beaucoup, l’affaire Harumafuji serait surtout une manifestation d’une lutte de pouvoir au sein de la puissante fédération de sumo entre les instances dirigeantes et le maître de heya de la victime, l’ancien yokozuna Takanohana.

Considéré comme l’un des plus grands champions de l’histoire avec ses 22 victoires en tournoi, Takanohana est connu pour sa volonté de réformer le sumo - dont le fonctionnement a peu évolué depuis des siècles -, une attitude mal vue par la majorité des dirigeants. Takanohana a refusé de coopérer avec l’enquête interne de la fédération et ne s’est pas exprimé publiquement sur l’affaire, pour l’instant. Le scandale ne fait peut-être donc que commencer.