Attentat en Egypte: Le Sinaï, zone stratégique impossible à contrôler?

GÉOPOLITIQUE La région majoritairement désertique est grande comme cinq fois l’Ile-de-France…

Nicolas Raffin

— 

Les Egyptiens enterrent les victimes de l'attentat contre la mosquée de Bir al-Abed (Nord Sinaï) qui a fait 305 morts le 24 novembre.
Les Egyptiens enterrent les victimes de l'attentat contre la mosquée de Bir al-Abed (Nord Sinaï) qui a fait 305 morts le 24 novembre. — CHINE NOUVELLE/SIPA
  • Un attentat dans une mosquée du nord Sinaï a fait 305 morts vendredi.
  • La région a toujours échappé au contrôle total de l’Etat égyptien.
  • La population subit les exactions de l’armée et des groupes terroristes.

Que se passe-t-il vraiment dans le Sinaï ? La région égyptienne, située entre le canal de Suez et Israël, a connu vendredi le pire attentat de son histoire récente. Selon un dernier bilan, 305 personnes sont mortes et 128 ont été blessées dans l’attaque d’une mosquée par des hommes portant la bannière de Daesch.

Difficile, voire même impossible d’obtenir des informations autrement que par le gouvernement égyptien : les journalistes ont interdiction d’aller sur place, et s’exposent même à des poursuites s’ils donnent un bilan de l’attentat différent de celui des autorités. Le Sinaï reste une « boîte noire », à l’image de son histoire toujours mouvementée.

« Terrain de prédilection pour le terrorisme »

« Le Sinaï a toujours été une zone de trafic, de contrebande, qui échappe à l’autorité centrale » explique Claude Guibal, journaliste à France Inter qui a passé 15 ans en Egypte. Pourtant, à partir de la fin des années 1990, le président Hosni Moubarak investit massivement dans le développement touristique du Sud Sinaï, avec des stations balnéaires comme Charm-el-cheikh.

Mais le nord de cette région désertique est laissé complètement à l’abandon. « Le Sinaï devient un terrain de prédilection pour le terrorisme » poursuit Claude Guibal : les premiers attentats dans la zone sont commis à partir de 2004. Les tensions n’ont jamais vraiment cessé depuis, avec un regain de tension à partir de 2012 lorsque le président de l’époque Mohamed Morsi déploie l’armée après la mort de gardes-frontières égyptiens.

La population prise dans un étau

Aujourd’hui, la population se retrouve prise en tenaille entre deux camps : « aux menaces et à la terreur imposées par les membres du groupe Etat islamique, s’ajoutent de très dures restrictions imposées par l’armée égyptienne » racontait un reportage de RFI diffusé en avril 2017. Des organisations comme Amnesty International dénoncent également «  des exécutions extrajudiciaires » commises par des militaires égyptiens.

Pour le pouvoir, la région est stratégique. En plus d’avoir, à l’est, une frontière avec Israël et la bande de Gaza, le Sinaï longe, à l’ouest, le canal de Suez. Une artère vitale pour l’économie de l’Egypte, puisque c’est l’une des voies maritimes les plus empruntées au monde. Une attaque terroriste sur le canal pourrait ainsi déstabiliser le pays : « Imaginez un missile qui atteindrait un pétrolier sur le canal de Suez, ce serait une catastrophe absolue » conclut Claude Guibal.

>> L'Egypte inaugure en grande pompe une seconde voie du canal de Suez