«Ce massacre a lieu dans l'un des lieux saints de Jérusalem»

REPORTAGE Scènes de panique et de colère, à Jéruslem-ouest après l'attaque contre une céole talmudique...

A Jérusalem-ouest, de notre correspondante Eléonore de Narbonne

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Outre les huit morts israéliens, l'auteur de l'attaque, un habitant de Jérusalem-est, a été tué rapidement après l'attentat, qui s'est produit peu après 20h30 locales (18H30 GMT) dans le quartier de Kyriat Moshé.
Outre les huit morts israéliens, l'auteur de l'attaque, un habitant de Jérusalem-est, a été tué rapidement après l'attentat, qui s'est produit peu après 20h30 locales (18H30 GMT) dans le quartier de Kyriat Moshé. — Marco Longari AFP

Confusion totale jeudi soir devant les grilles fermées du Merkaz harav, l’école religieuse juive du quartier de Kyriat Moshe, à l’entrée de Jérusalem ouest, où un Palestinien a ouvert le feu, en début de soirée, tuant huit personnes et en blessant une dizaine d’autres. Responsables politiques et policiers entourés de journalistes se bousculent devant le bâtiment alors que les ambulances et les forces de l’ordre se déploient, et que les secouristes s’activent. «Mort aux Arabes!» crie une foule grossissante de religieux sur le trottoir d’en face. Le maire de Jérusalem Uri Lupolianski parle d’une soirée «très triste» pour la ville.

«En entrant dans la yeshiva, j’ai vu deux morts étendus sur le sol de la bibliothèque, raconte Yehuda Meshi Zahav, chef des services de secours Zaka. Le terroriste était habillé comme les étudiants, alors les policiers ne savaient pas qui était qui, ni combien il y avait de tireurs.» Contrairement à ce que les premiers témoignages affirment sur place, l’auteur de l’attaque a agi seul. Il aurait été blessé par un élève puis abattu par un officier de l’armée israélienne habitant le quartier, accouru au son des tirs.

«Il n'y avait que des morts»

«Quand je suis entré, les policiers étaient en train d’enlever la bombe qu’il portait sur de lui [en fait, une ceinture contenant des munitions] et disaient qu’il restait encore un terroriste dans l’école», raconte Ilan Klein. Étudiant le jour, secouriste volontaire pour la Zaka cette nuit, il a enfilé gants en caoutchouc et blouse blanche par-dessus son gilet pare-balles: «Nous avons évacué six personnes, trois blessés légers et trois graves. On cherchait d’autres gens à qui porter secours, mais il n’y avait que des morts, des jeunes de quinze, seize ans. Ensuite, j’ai soigné un blessé qui avait deux balles dans le ventre, on l’a mis sous oxygène et il est parti en ambulance. Il y avait beaucoup de sang et du bruit, des élèves qui couraient…» La police fouille chaque recoin de l’école, toutes les fenêtres sont allumées. Des parents veulent savoir si leurs fils figurent au nombre des victimes.

«C'est ici qu'est née la colonisation»

Considérée comme la maison-mère du sionime religieux, cette école talmudique est l’un des séminaires les plus illustres de la ville sainte: «C’est ici sur les bancs du Merkaz harav qu’est née la colonisation», explique un reporter israélien familier des lieux. «Elle a été fondée il y a quatre-vingt six ans par le rabbin Kook», insiste Rahim Katz, l’un des responsables de l’établissement, «le monde doit comprendre que ce massacre a lieu dans l’un des lieux saints de Jérusalem.» Il était en tout cas particulièrement peuplé ce soir, puisqu’on y célébrait le premier jour du mois d’Adar selon le calendrier hébraïque, au cours duquel se déroule la fête juive de Pourim.

«Nous payons le prix d’une politique de négociations au cours desquelles les pauses permettent à de tels drames de se produire», juge Meir Indor, président d’Almagor, l’association des victimes du terrorisme: «On ne négocie pas avec les terroristes!» Cette attaque est la plus meurtrière en Israël depuis l’attentat suicide qui avait fait onze morts et une soixantaine de blessés à Tel Aviv, le 17 avril 2006.