Charles Manson «n’avait pas d’affect, pas de sentiment, pas l’ombre d’un remords»

INTERVIEW L’écrivain Stéphane Bourgoin raconte à « 20 Minutes » sa rencontre avec Charles Manson…

Propos recueillis par Olivier Philippe-Viela

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Décédé dimanche à l'âge de 83 ans, le tueur psychopathe Charles Manson n'a pas cessé d'inspiré le monde de la culture
Décédé dimanche à l'âge de 83 ans, le tueur psychopathe Charles Manson n'a pas cessé d'inspiré le monde de la culture — Anonymous/AP/SIPA

Stéphane Bourgoin est le spécialiste français des tueurs en série. Il publie chez Grasset le 22 novembre « Moi, serial killer », incluant un texte inédit de Charles Manson. Au début des années 80, il passe plusieurs heures dans la prison de Vacaville, en Californie, en sa compagnie. Il raconte à 20 Minutes cette rencontre avec le fameux gourou, mort ce dimanche à 83 ans.

Comment était Charles Manson, par rapport aux autres psychopathes que vous avez rencontrés ?

Quand j’arrive face à lui, dans la salle des visiteurs, je me retrouve devant un petit bonhomme maigrelet, avec un regard magnétique, très perçant. On s’installe pour l’entretien, et il s’assoit sur le dossier de la chaise, pour me surplomber et me dominer, car je mesure 20 centimètres de plus que lui. Immédiatement, je me mets aussi sur le dossier de la chaise. Alors il rigole, et s’assoie normalement.

Il était dans la négation absolue de ses actes, avec paradoxalement, ce besoin d’afficher sa toute-puissance. Il voulait me montrer qu’il restait maître du jeu, qu’il manipulait et qu’il était en contrôle. En permanence. Parfois, il commençait à grimacer, puis il chantait une de ses chansons et Helter Skelter des Beatles a capella. Au passage, il prétendait vouloir déclencher une guerre raciale à partir des paroles de cette chanson. Je me suis très vite rendu compte qu’il mentait totalement. Il s’inventait des souvenirs, tout était faux.

Quel était son état mental ?

Charles Manson était extrêmement manipulateur. Contrairement à ce que beaucoup de médias disent, il n’était pas fou, il savait très bien ce qu’il faisait, c’était un pur psychopathe. Il n’avait pas d’affect, pas de sentiment, pas l’ombre d’un remords par rapport à ses crimes. Evidemment il avait des troubles du comportement, mais il était cohérent dans ses troubles. J’en ai rencontré des plus impressionnants que lui, comme Edmund Kemper. Mais lui m’a semblé jouer un rôle, ce qu’il a fait toute sa vie, vis-à-vis des médias, de la justice et de ses adeptes, celui d’un gourou manipulateur. Sur ce point, il est vrai qu’il était effrayant.

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Que disait-il de ses crimes ?

Il se disait innocent des meurtres de Sharon Tate [La première femme de Roman Polanski] et ses amis, affirmant qu’il n’y était pas. D’un point de vue technique, c’est vrai, il n’a pas commis ces actes. Mais il a dit à ses adeptes avant de partir : « Maintenant, vous savez ce qu’il vous reste à faire ». Dans le même temps, il me laisse entendre pendant l’entretien que dans la maison de Cielo Drive, ce n’était pas forcément Sharon Tate et ses amis qui étaient visés, mais plutôt le producteur de musique qui habitait la maison auparavant, et qui avait refusé d’éditer la maquette des enregistrements musicaux qu’il avait réalisés chez un des frères des Beach Boys.

Le fait qu’il n’ait pas réussi dans la musique, c’est le déclencheur ?

J’en ai parlé avec des agents du FBI et des profilers : ces actes étaient totalement motivés par sa frustration de ne pas être reconnu comme une star de la chanson. Il continuait de produire des disques pirates en prison. Il faut dire qu’il n’était pas mauvais dans ce qu’il faisait, et il est bien devenu une vedette de la musique malgré tout - regardez Marylin Manson, les groupes de black metal, etc. -, à cause de la fascination qu’il exerçait en tant qu’icône du mal.