VIDEO. Crise au Zimbabwe: Robert Mugabe, le libérateur devenu dictateur

POLITIQUE Alors que le président du Zimbabwe de 93 ans, le plus vieux despote africain, n'est qu'à un pas de la sortie, retour sur le parcours du héros de la libération devenu paria...

20 Minutes avec AFP

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Le président du Zimbabwe, Robert Mugaben 
 a été destitué de son parti le 17 novembre 2017.
Le président du Zimbabwe, Robert Mugaben a été destitué de son parti le 17 novembre 2017. — Tsvangirayi Mukwazhi/AP/SIPA

Le président zimbabwéen Robert Mugabe, poussé par l'armée, la rue et son parti à démissionner après trente-sept ans au pouvoir, doit s'adresser dimanche soir à la télévision, au terme d'une semaine où il a perdu un à un tous ses soutiens. Par défi, il avait un jour promis de fêter ses 100 ans au pouvoir. Mais le président du Zimbabwe Robert Mugabe pourrait bien devoir rendre les rênes du pays à 93 ans.

Quatre jours après un coup de force de l’armée, le plus vieux chef d’Etat en exercice de la planète a été sèchement écarté dimanche de la direction de son parti, la Zanu-PF. Ce dimanche après-midi, le président s’est entretenu avec les généraux de l’armée, pour la deuxième fois depuis le coup de force militaire cette semaine, a rapporté le quotidien d’Etat The Herald.

Robert Mugabe et son épouse Grace, le 2 juin 2017 à Marondera au Zimbabwe.
Robert Mugabe et son épouse Grace, le 2 juin 2017 à Marondera au Zimbabwe. - Tsvangirayi Mukwazhi/AP/SIPA

 

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D’où vient Robert Mugabe ?

Né le 21 février 1924 dans la mission catholique de Kutama (centre), Robert Gabriel Mugabe est décrit comme un enfant solitaire et studieux, qui surveille son bétail un livre à la main. Il caresse un temps l’idée de devenir prêtre. Il sera enseignant.

Séduit par le marxisme, il découvre la politique à l’université de Fort Hare, la seule ouverte aux Noirs dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. En 1960, il s’engage dans la lutte contre le pouvoir rhodésien, blanc et ségrégationniste.

Arrêté quatre ans plus tard, il passe dix années en détention, qui lui laissent un goût amer : les autorités lui refusent d’assister aux obsèques du fils de 4 ans que lui a donné sa première femme, Sally Hayfron, morte en 1992.

Peu après sa libération, il trouve refuge au Mozambique voisin, d’où il prend la tête de la lutte armée, jusqu’à l’indépendance de son pays et son arrivée au pouvoir. Tout au long de son parcours, il fait preuve d’une détermination et d’une intelligence sans faille.

« Camarade Bob »

Accueilli en libérateur à l’indépendance en 1980, le « camarade Bob » a été progressivement lâché par tous les fidèles de son régime, épilogue d’un règne autoritaire et sans partage de trente-sept ans qui a entraîné l’effondrement de son pays.

« Il fut un formidable dirigeant dont le pouvoir a dégénéré au point de mettre le Zimbabwe à genoux », résume Shadrack Gutto, professeur à l’Université sud-africaine Unisa.

Il fut un jour dirigeant modèle…

Et pourtant. Lorsqu’il a pris les rênes de l’ex-Rhodésie dirigée par la minorité blanche, Robert Mugabe a séduit. Sa politique de réconciliation, au nom de l’unité du pays, lui vaut des louanges générales, particulièrement dans les capitales étrangères. « Vous étiez mes ennemis hier, vous êtes maintenant mes amis », lance l’ex-chef de la guérilla.

Il offre des postes ministériels clés à des Blancs et autorise même leur chef, Ian Smith, à rester au pays. Bardé de diplômes, le révolutionnaire Mugabe apparaît comme un dirigeant modèle. En dix ans, le pays progresse à pas de géant : construction d’écoles, de centres de santé et de nouveaux logements pour la majorité noire.

Puis dictateur

Très tôt pourtant, le héros a la main lourde contre ses opposants. Dès 1982, il envoie l’armée dans la province « dissidente » du Matabeleland (sud-ouest), terre des Ndebele et de son ancien allié pendant la guerre, Joshua Nkomo. La répression, brutale, fait environ 20.000 morts.

Mais le monde ferme les yeux. Il faudra attendre les années 2000, ses abus contre l’opposition, des fraudes électorales et surtout sa violente réforme agraire pour que l’idylle s’achève.

Une réforme agraire sanglante

Affaibli politiquement, déstabilisé par ses compagnons d’armes de la guerre d’indépendance, Robert Mugabe décide de leur donner du grain à moudre en les lâchant contre les fermiers blancs, qui détiennent toujours l’essentiel des terres du pays.

Des centaines de milliers de Noirs deviennent propriétaires, mais au prix de violences qui contraignent la plupart des 4.500 fermiers blancs à quitter le pays et font la « une » des médias occidentaux.

Effondrement économique

La réforme précipite l’effondrement d’une économie déjà à la peine. Aujourd’hui, les liquidités manquent et 90 % des Zimbabwéens sont au chômage.

Le petit homme aux épaisses lunettes incarnait la réussite d’une Afrique indépendante. Il rejoint alors définitivement le rang des parias, ce dont il s’accommodera bien volontiers.

Dans des diatribes anti-impérialistes au vitriol, Robert Mugabe rend l’Occident responsable de tous les maux de son pays, notamment sa ruine financière, et rejette toutes les accusations de dérive autoritaire.

Pourquoi a-t-il sombré ?

Ses adversaires le soupçonnent d’être tombé sous la coupe de sa deuxième épouse Grace. L’ancienne secrétaire est devenue de plus en plus ambitieuse et s’invite dans la course à sa succession.

Elle obtient de son mari la tête de la vice-présidente Joice Mujuru en 2014, puis celle du vice-président Emmerson Mnangagawa il y a quelques jours. Le limogeage de trop, puisque c’est celui qui convainc l’armée de se débarrasser du vieux président…

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Une soif inextinguible de pouvoir

« Mugabe n’était pas humain », se souvient l’ancien secrétaire britannique aux Affaires étrangères Peter Carrington, qui a négocié avec lui l’indépendance. « Vous pouviez admirer ses qualités et son intellect (…) mais il était terriblement fuyant ». Jusqu’au bout, ses adversaires lui reprochent sa soif inextinguible de pouvoir.

« Mugabe s’est maintenu au pouvoir en (…) écrasant ses opposants, violant la justice, piétinant le droit à la propriété, réprimant la presse indépendante et truquant les élections », estime Martin Meredith, un de ses biographes.