L’Amérique latine en pleine guerre diplomatique

Sandrine Cochard

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L'armée colombienne a annoncé samedi avoir tué en territoire équatorien Raul Reyes, le numéro deux des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), le plus dur échec jamais infligé à la guérilla marxiste.
L'armée colombienne a annoncé samedi avoir tué en territoire équatorien Raul Reyes, le numéro deux des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), le plus dur échec jamais infligé à la guérilla marxiste. — Pablo Cozzaglio AFP

La crise qui oppose la Colombie au Venezuela et à l’Equateur depuis samedi suscite de vives inquiétudes. Les tensions peuvent-elles déboucher sur un conflit armé? Explications.

Une opération militaire contestée
Samedi 1er mars, la Colombie autorise son armée à intervenir sur le sol équatorien pour une opération visant les Farc, dont le numéro 2 de la guérilla, Raul Reyes. Après l’annonce de cette intervention, qui se solde par la mort de Reyes, Equateur et Venezuela montent au créneau: le premier dénonce cette incursion sur son territoire, le second condamne une opération qui entrave les négociations que Chavez mène depuis plusieurs mois avec les Farc. Avec pour conséquence un regain de tension: Equateur et Venezuela mobilisent des troupes à la frontière colombienne.

La crise s’intensifie
Mardi, le président équatorien, Rafael Correa, durcit le ton. A Lima (Pérou), première étape de sa tournée en Amérique latine, il attaque Alvaro Uribe. «Il est très difficile de discuter avec un menteur éhonté, qui nous poignarde dans le dos», déclare-t-il lors d'une conférence de presse. «Le président Uribe ne veut pas la paix, il veut la guerre», ajoute-t-il avant de le mettre en garde: «Nous souhaitons résoudre ce différend par des moyens pacifiques et diplomatiques, mais nous sommes prêts à aller aux conséquences ultimes». De son côté, le Venezuela expulse de son territoire l'ambassadeur de Colombie et ferme sa frontière avec Bogota. Jeudi 6 mars, le Nicaragua lui embraye le pas et rompt ses relations diplomatiques avec la Colombie. Le président nicaraguayen est Daniel Ortega, un des (nombreux) ennemis de Washington.

Une guerre est-elle possible?
Non, selon David Garibay, maître de conférences à l'université Lyon II et spécialiste de la Colombie. «Je ne crois pas qu'une escalade militaire soit possible, indique-t-il. La mobilisation militaire en Equateur est une réaction de principe logique après que sa souveraineté territoriale a été violée par la Colombie. Mais ni l'Equateur ni la Colombie n'ont les moyens humains et financiers de se faire la guerre.» Pour Daniel Pécaut, chercheur à l'EHESS et spécialiste de la Colombie, ce n'est pas tant un embrasement régional qu'il faut craindre qu'un coup d'arrêt des négociations pour la libération d'Ingrid Betancourt. «C'est Reyes qui menait les négociations pour la libération de Betancourt, souligne-t-il. Toutes les parties qui y travaillent risquent de se retrouver sans interlocuteur.»

Washington s’invite dans le conflit
Mardi, seul George Bush apporte son soutien à Alvaro Uribe, le remerciant pour son action «forte» contre les Farc. Une manifestation de soutien qui s’explique: Alvaro Uribe est considéré comme un allié des Etats-Unis dans la guerre contre le terrorisme (les Farc sont d’ailleurs inscrites sur la liste des organisations terroristes internationales) et le président vénézuélien Hugo Chavez est la bête noire de l'administration Bush. George Bush a d'ailleurs dénoncé les actes de «provocation» du Venezuela dans la crise diplomatique en cours. A l’opposé, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva accuse la Colombie «d'avoir violé la souveraineté territoriale de l'Equateur», lors de la réunion d'urgence de l'Organisation des Etats américains (OEA) qui s’est tenue mardi, à Washington, sans aboutir. Les discussions doivent reprendre mercredi à 17h.

Le diplomate en chef de l'Union européenne, Javier Solana, devrait également discuter de cette crise, mercredi, avec le vice-président colombien Francisco Santos, au cours d'une rencontre à Bruxelles.