Russie: «Il est difficile pour l'opposition d'élaborer une stratégie»

INTERVIEW Opposant à Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev, Ilia Yachine n'a pas voté dimanche...

Propos recueillis par Emmanuel Guillemain d'Echon

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Ilia Yachine, leader du mouvement de jeunes de Yabloko, parti d'opposition en Russie.
Ilia Yachine, leader du mouvement de jeunes de Yabloko, parti d'opposition en Russie. — Emmanuel Guillemain d'Echon

Ilia Yachine est le dirigeant des jeunes militants du parti libéral Yabloko, qui a recueilli 1,6% de voix lors des législatives de décembre. Son dirigeant Grigori Yavlinski a refusé de participer à une présidentielle à laquelle il n’aurait sûrement pas pu accéder – la barrière de la collecte de deux millions de signatures d’électeurs ayant été fatale à plusieurs autres candidats de l’opposition. Aujourd’hui candidat déclaré à la direction de son parti, il estime que l’opposition a une chance de revenir sur la scène politique dans les années à venir.

Etes-vous allé voter dimanche?

Oui, j’ai annulé mon bulletin de vote en écrivant dessus, nous avions appelé tous nos sympathisants à le faire. Face à ces non-élections, nous avions deux choix pour exprimer notre opinion de citoyen: soit boycotter les élections tout court et ne pas aller voter, soit les boycotter activement en mettant dans l’urne des bulletins nuls. C’est tout ce qu’on peut faire face à cette imitation de procédure démocratique, quand on ne laisse pas les candidats de l’opposition participer au scrutin, quand le gouvernement emploie toutes ses ressources administratives et policières pour faire pression sur elle, que son candidat apparaît tous les jours à la télévision… Un activiste de notre parti venant de province a pu voter dans cinq bureaux de vote différents en disant simplement qu’il voulait soutenir Dmitri Medvedev, alors qu’il n’avait aucun papier lui permettant de voter dans un autre bureau que le sien.

En boycottant les élections, n’avez-vous pas peur de disparaître? Que comptez-vous faire à présent pour rester dans la vie politique du pays?

Il est difficile pour l’opposition d’élaborer une stratégie dans les conditions actuelles. Enfin, cela dépend de quelle opposition on parle: il y a bien sûr l’opposition à la solde du Kremlin, qui est toujours d’accord avec lui, soutient ses initiatives en échange de sa participation aux élections, parfois même est créée dans les couloirs de l’administration présidentielle, et dont on peut se demander si elle mérite son titre d’opposition. Et il y a notre opposition, celle qui est hors du système, à qui on ferme la porte des élections, dont les militants sont arrêtés et poursuivis en justice, qui subit la pression de l’Etat, de ses ressources policières et financières. Cette pression nous pousse à la limite de la légalité. Aujourd’hui, notre stratégie est très simple: c’est celle de la survie.

Un diagnostic plutôt sombre pour l’avenir alors que Dmitri Medvedev, le nouveau Président, incarne précisément la continuité avec Vladimir Poutine…

Non, car avec son arrivée au pouvoir, la situation peut changer. Elle va changer. En perdant la fonction de numéro un du pays, Poutine accélère la corrosion du système autoritaire qu’il a mis en place. Car oui, Dmitri Medvedev va lui être loyal, pendant un, deux, trois mois peut-être, mais il finira par comprendre que c’est désormais lui le maître, et que juridiquement, Vladimir Poutine est son subordonné. Alors le conflit entre les différents clans des hauts fonctionnaires, qui existe déjà, éclatera au grand jour. Et quand les bouledogues du Kremlin s’entre-dévoreront derrière les tentures, l’opposition aura de nouveau de la place pour manœuvrer. Aucun système autoritaire, sauf la monarchie, ne possède de système fiable de transmission du pouvoir.