«L'Equateur et la Colombie n'ont pas les moyens de se faire la guerre»

AMERIQUE DU SUD Trois questions à David Garibay, maître de conférences à l'université Lyon II et spécialiste de la Colombie…

Propos recueillis par Alexandre Sulzer

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Les FARC, principale guérilla colombienne avec 17.000 hommes, réclament la libération de 500 de leurs hommes emprisonnés en échange de 56 otages, dont trois Américains et la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, ex-candidate écologiste à la présidentielle colombienne, enlevée en 2002.
Les FARC, principale guérilla colombienne avec 17.000 hommes, réclament la libération de 500 de leurs hommes emprisonnés en échange de 56 otages, dont trois Américains et la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, ex-candidate écologiste à la présidentielle colombienne, enlevée en 2002. — Mauricio Duenas AFP/Archives
Trois questions à David Garibay, maître de conférences à l'université Lyon II et spécialiste de la Colombie alors qu'une crise diplomatique aiguë entre la Colombie et ses voisins vénézuélien et équatorien a éclaté dimanche…
 
L'Equateur et le Venezuela ont mobilisé des troupes militaires à leur frontière avec la Colombie. Y a-t-il un risque réel de conflagration?

 
La tension est très vive sur le plan politique mais je ne crois pas qu'une escalade militaire soit possible. La mobilisation militaire en Equateur est une réaction de principe logique après que sa souveraineté territoriale a été violée par la Colombie. Mais ni l'Equateur ni la Colombie n'ont les moyens humains et financiers de se faire la guerre. La réaction du président équatorien, Rafael Correa, est d'autant moins surprenante que son pays est en plein débat sur une nouvelle Constitution. Politiquement, il ne pouvait pas laisser passer l'attaque colombienne contre les Farc.
 
Hugo Chavez a parlé, lui, du numéro deux des Farc, Raul Reyes, comme d'un «bon révolutionnaire» tout en qualifiant le président colombien, Alvaro Uribe, de «criminel». Quelle est la position du dirigeant vénézuélien dans le conflit entre l'Etat colombien et les Farc?
 
Au niveau rhétorique, Hugo Chavez ne perd pas une occasion de soutenir les Farc depuis qu'il s'est impliqué, en novembre, dans la médiation pour la libération des otages. Le président vénézuélien est favorable à une solution humanitaire et accuse Alvaro Uribe d'y faire constamment obstacle. De son côté, Bogota accuse Caracas d'aider indirectement les Farc en leur livrant des armes par exemple. Mais cela n'a jamais été prouvé. L'appui de Chavez est uniquement politique et rhétorique car il ne peut se permettre d'aider sur le terrain une organisation reconnue comme terroriste aussi bien par les Etats-Unis que l'Union européenne. Reste que les Farc utilisent occasionnellement le Venezuela comme base de repli malgré la présence renforcée de l'armée vénézuélienne dans la région frontalière.

Mais c'est surtout en Equateur que se réfugient les Farc car l'armée équatorienne est impuissante à les bloquer. D'où la présence de Raul Reyes dans ce pays quand il a été tué. Vous noterez d'ailleurs que Rafael Correa, dans son message télévisé, ne condamne pas la présence des Farc mais ne leur apporte pas non plus son soutien.
 
La mort de Raul Reyes risque-t-elle de compromettre une potentielle libération d'Ingrid Betancourt?
 
C'est de la politique-fiction mais je pense qu'elle va rendre les négociations plus difficiles. Raul Reyes était un négociateur extrêmement dur mais un négociateur quand même. Il n'est pas impossible que sa mort renforce la branche plus militariste des Farc. Au cours des dernières semaines, l'armée colombienne a porté des coups durs à l'organisation et o tué plusieurs dirigeants. En position de repli, les Farc, organisation avant tout militaire, risquent donc de s'endurcir.