Qui est Dmitri Medvedev?

De notre correspondant à Moscou, Emmanul Guillemain d'Echon

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Ils ont arpenté côte à côte en tenue décontractée la Place Rouge après l'annonce de la victoire du candidat du Kremlin, puis se sont rendus à un concert : Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine ont à coeur de montrer que leur "tandem" fonctionnera.
Ils ont arpenté côte à côte en tenue décontractée la Place Rouge après l'annonce de la victoire du candidat du Kremlin, puis se sont rendus à un concert : Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine ont à coeur de montrer que leur "tandem" fonctionnera. — Dmitry Astakhov AFP

En Russie, c’est presque une tradition. A chaque fois qu’un nouveau dirigeant s’apprête à prendre en main les destinées du pays, se pose l’éternelle question: mais qui est-il? C’était le cas pour Lénine, pour nombre de premiers secrétaires du Parti communiste, pour Boris Eltsine et enfin pour Vladimir Poutine. Tout comme Dmitri Medvedev en 2008, le président russe n’évoquait pas grand-chose dans l’esprit des observateurs occidentaux ou même russes à son arrivée au pouvoir, en 1999. «C’est une spécificité de la culture politique russe. Tant que le président est en poste, il n’existe pas d’autres figures politiques. D’un autre côté, il n’existe pas de procédures transparentes permettant l’apparition de nouveaux politiciens de premier plan», explique Dmitri Badovski, politologue à l’Institut des systèmes sociaux.

Les choses se sont tout de même passées de manière légèrement différente pour Dmitri Medvedev. Vice-premier ministre depuis 2005, il était l’un des deux candidats officiels à la succession de Poutine, avec Sergueï Ivanov, lui aussi vice-premier ministre et ancien ministre de la Défense. «Il était déjà connu du grand public, les «projets nationaux» qui lui ont été confiés lui ont permis de s’affirmer comme un homme d’Etat», affirme Dmitri Badovski. Mais c’est après sa nomination officielle comme successeur de Vladimir Poutine que Dmitri Medvedev a vraiment été lancé sous les feux de la rampe. Depuis décembre, il est apparu dans presque tous les journaux télévisés des grandes chaînes nationales, passant de 20% à presque 80% de popularité. Les Russes apprécient cette image d’un héritier jeune – il n’a que 42 ans –, toujours en «déplacement de travail» aux quatre coins du pays, et surtout technocrate doué. Lui-même rappelle à l’envi sa formation de juriste à l’université de Saint-Pétersbourg, tout comme Vladimir Poutine et une partie de son entourage.

Pour certains médias russes, c’est en utilisant ses qualités de juriste de manière peu reluisante qu’il a débuté son ascension vers le pouvoir, au début des années 1990. Il aurait ainsi épargné à Vladimir Poutine les retombées d’affaires politico-financières, alors que les deux hommes travaillaient ensemble dans l’administration du maire de Saint-Pétersbourg, Anatoli Sobtchak. Tout naturellent, en 1999, Vladimir Poutine, qui s’apprête à remplacer Boris Eltsine, appelle Dmitri Medvedev pour renforcer son équipe. Celui-ci devient vite l’un des hommes de confiance du président, à la tête de l’administration présidentielle, puis de Gazprom, le monopole public du gaz. Décrit comme le représentant du clan des «libéraux» au sein du Kremlin, il a pourtant été aux premières loges de la reprise en main du milieu des affaires par l’Etat russe, en particulier avec le démantèlement du géant pétrolier Ioukos.

Par son style et son allure, plus décontractée que celle de son prédécesseur, il annonce cependant un changement dans la manière de gouverner, à l’intérieur comme sur la scène internationale. Alors que Vladimir Poutine a officiellement félicité son successeur pour sa victoire, plusieurs inconnues demeurent: quelles seront les relations entre les deux hommes? Et surtout, ce schéma de direction à deux tiendra-t-il la distance? Une seule chose est sûre, Dmitri Medvedev ne s’apprête pas à faire de la figuration.