«Le Liban se retrouve plongé dans le volcan moyen-oriental» après la démission du Premier ministre

GÉOPOLITIQUE Samedi, à la surprise générale et en direct sur une chaîne saoudienne, le Premier ministre libanais Saad Hariri a annoncé sa démission…

Helene Sergent

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Une banderole avec le portrait du premier ministre Saad Hariri dans les rues de la capitale, Beyrouth.
Une banderole avec le portrait du premier ministre Saad Hariri dans les rues de la capitale, Beyrouth. — ANWAR AMRO / AFP
  • La démission du Premier ministre libanais, proche de l’Arabie Saoudite, a surpris toute la classe politique.
  • Le gouvernement de Saad Hariri avait assuré au Liban une certaine stabilité politique après deux ans et demi de vacance à la tête du pouvoir.

L’annonce a pris tout le monde de court. Après un départ précipité pour l’Arabie Saoudite, le premier ministre Libanais a annoncé samedi sa démission à la télévision sur la chaîne saoudienne Al-Arabiya. Expliquant « craindre pour sa vie » et dénonçant la « mainmise » et « l’ingérence » de l’Iran au  Liban, Saad Hariri s’est depuis muré dans le silence. Une décision qui suscite de nombreuses interrogations, génère des rumeurs alarmistes et déstabilise un pays en convalescence économique et politique.

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Dix mois de stabilité

Depuis dix mois, le Premier ministre Saad Hariri dirigeait un gouvernement d’union réunissant des forces politiques proches de l’Iran et du Hezbollah et d’autres de l’Arabie Saoudite. A 47 ans, le fils de l’ancien Premier ministre assassiné Rafik Hariri composait avec les deux camps. « Les institutions fonctionnaient, les postes vacants ont été pourvus, un budget annuel a été voté ce qui n’était pas arrivé depuis des années », souligne Pascal Monin, professeur à l’Institut d’études politiques de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.

Meurtri par la guerre entre Israël et le Hezbollah en 2006, le pays faisait figure jusqu’à samedi d’état stable dans une région défigurée par les conflits syrien, irakien et yéménite. Une stabilité qui a attiré 1,5 million de réfugiés syriens qui représentent désormais un quart de la population libanaise.

Un « timing incompréhensible »

« La veille encore à la télévision, le Premier ministre expliquait qu’il avait plein de projets pour le Liban. Cette décision est inattendue. Et le choix de l’annoncer depuis Ryad, c’est totalement incohérent avec ses critiques sur l’ingérence iranienne ! », estime Eli Haddad, représentant en Europe du parti du président Michel Aoun, le Courant patriotique libre. « Rien ne laissait entendre qu’il allait démissionner. Cela va à l’encontre de son projet et de sa légitimité. Et sur la forme, c’est la première fois dans l’histoire du pays qu’une démission se fait depuis l’étranger », ajoute l’universitaire, Pascal Monin.

La purge orchestrée dans le même temps par le prince héritier saoudien à l’encontre d’autres princes et hommes d’affaires ne cesse d’alimenter les rumeurs. « Hariri avait des liens avec certaines personnalités interpellées. Notre inquiétude à court terme est la sécurité du Premier ministre », assure Eli Haddad.

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Comment expliquer cette décision soudaine ? « Hariri était appuyé par l’Arabie Saoudite. Il doit également toute sa fortune à Ryad. Or on a vu ces derniers mois le Hezbollah et l’Iran se renforcer, notamment sur le terrain syrien. Hariri ne pouvait pas se retrouver à soutenir à travers son gouvernement le Hezbollah », avance Agnès Levallois, professeur à Sciences Po Paris et coauteure de Liban. Une guerre de 33 jours (Ed. La Découverte). Pour Eli Haddad, il pourrait s’agir d’une « tentative de déstabilisation » : « On a voulu faire échouer le gouvernement d’union entre Hariri et le Hezbollah ».

Quelles conséquences ?

Si le président a indiqué qu’il souhaitait attendre le retour d’Hariri pour s’informer des « circonstances de la démission afin de décider de la suite », la question de « l’après » est d’ores et déjà au cœur du débat libanais. « Des élections législatives devaient se tenir en mai. Elles risquent d’être renvoyées aux calendes grecques, souffle Pascal Monin de l’université Saint-Joseph de Beyrouth, on va voir comment réagit le président Aoun mais ce qui est sûr c’est qu’on ne peut pas laisser une nouvelle fois le pays sans gouvernement ».

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Autre inquiétude pour les Libanais, la relative stabilité économique du pays : « Le Liban est considéré par ses voisins comme une place financière stable, or la question qui se pose désormais est : la livre libanaise va-t-elle tenir le coup ? », interroge Agnès Levallois. En démissionnant, Saad Hariri a ravivé le spectre d’un conflit national et régional sur fond de tensions de plus en plus violentes entre l’Iran et l’Arabie Saoudite.

« Pour Israël aussi le renforcement du Hezbollah est inacceptable. On ne peut pas écarter le risque de tensions, il y a un vrai danger », poursuit la maîtresse de conférences. Une inquiétude partagée par Pascal Monin : « Le Liban devient la caisse de résonance du conflit entre l’Iran et l’Arabie Saoudite et se retrouve plongé dans le volcan moyen-oriental ».